Une semaine est passée depuis mon retour de Berlin. J'avais vite perdu certaines habitudes, je les ai vite retrouvées. Parmi elles: faire la queue au cinéma pour acheter bravement mon billet.
Je suis allée voir "into the wild", j'ai bien aimé. Sean Penn filme des paysages incroyables sans jamais en faire trop. La solitude de son héros, bien que parfois justifiée un peu à la va-comme-je-te-pousse, est touchante grâce au lien incroyable et tenace qu'il entretient avec la nature. Quelques passages m'ont un peu agacée (essentiellement la description de la famille du héros, que je trouve assez bancale), mais c'est un bon film.
Oui je sais, les français l'ont déjà vu depuis des plombes et je les entends déjà me demander, étonnés: "quoi, tu viens seulement de le voir??".
C'est l'un des mystères qui me rend dingue: énormément de films américains (mais curieusement, pas tous) sortent en Allemagne un à deux mois plus tard qu'en France, sans que j'arrive à savoir précisément pourquoi. Une question de distributeur et d'achat de droits, sans doute. A moins que le doublage (systématique en Allemagne, autre sujet qui me tape sur les nerfs) demande lui aussi un peu plus de temps? Keine Ahnung. J'ai posé vaguement la question à Berlin, et j'ai eu droit à des réponses toutes aussi vagues.
En tout cas, lorsqu'on a des cinéphiles en France qui vous répètent à chaque coup de fil "ah oui c'est vrai, t'as pas encore vu le dernier film des frères Coen" ou encore "comment, le dernier Cronenberg vient seulement de sortir??", c'est frustrant. Mais bon, l'essentiel, au fond, c'est qu'ils arrivent! Or ils finissent toujours par sortir ici. Mais je regrette en permanence de ne pas pouvoir être à Berlin pour voir les films en VO... parfois les doublages sont corrects, parfois ils sont atroces et peuvent foutre un film en l'air. Encore un gros point d'interrogation: pourquoi la VO est-elle si rare en Allemagne, dès qu'on s'éloigne de Berlin-Hambourg-Münich?
Des différences techniques, il y en a donc un paquet entre la France et l'Allemagne. Mais il en existe d'autres qui sont moins visibles. Je les avais déjà senties, et plusieurs discussions avec les autres membres du jury ont confirmé cette impression: la façon d'appréhender le cinéma change entre la France et l'Allemagne. Bon, avant de tomber dans l'écueil de la généralisation: des passionnés et des indifférents, il y en a dans les deux pays, c'est certain. Mais ce qu'on a remarqué, c'est par exemple la vision qu'on avait de la séance de 11 heures.
Pour moi et pour pas mal de gens de mon âge je pense, c'est la séance pratique qui me permet d'aller régulièrement au cinéma sans me ruiner, puisqu'elle est à prix réduit. D'accord, on perd le côté sympa du cinéma le soir, mais perso j'y renonce avec plaisir si cela me permet d'aller plus souvent au ciné.
Markus et Julian nous confiaient qu'en Allemagne, la séance de 11h c'est -pour beaucoup- la séance des "freaks", des types un peu louches qui ont le nez collé à l'écran et des lunettes double foyers.
Markus nous racontait que ça a dû lui arriver une ou deux fois dans sa vie... jusqu'à la Berlinale bien sûr. Julian, après un an Erasmus en fac de ciné à Paris, s'y est habitué. En une année, il est allé 110 fois au cinéma... ce qui ne lui est jamais arrivé en Allemagne.
A quoi ça tient? A différents critères: des solutions relativement avantageuses pour les étudiants, l'énorme diversité des films proposés, les ciné d'art et essai qui font le pari de contourner l'actualité. Et quelque chose dans l'air, sans doute.
Ce qui existe aussi en Allemagne ça ne fait aucun doute - mais différemment. Avec le succès des oeuvres grand public comme "Good-Bye Lenin" ou "La vie des autres", avec des réalisateurs tels Fatih Akin ou encore ceux de la "Berliner Schule", qui proposent un cinéma plus intimiste qu'on a souvent rapproché de la nouvelle vague, les regards se tournent de plus en plus outre-Rhin. J'ai senti à Berlin une émulation incroyable qui a fait vraiment plaisir.
Maintenant, j'ai hâte de voir si "drifter", notre gagnant, va faire son chemin... Parisiens et Nantais, ouvrez l'oeil, il passera au prochain festival du cinéma allemand!
24 février 2008
19 février 2008
Je suis dans un drôle d'état, qui pourrait rappeler le retour de colo des enfants ou la fin de la tournée d'un chanteur. Après dix jours très intensifs et passionnants, je me sens vide et n'ai qu'une envie: me planquer pour toujours dans une salle obscure.
Mais avant cela je vous raconte brièvement les derniers jours, riches en émotion. Je pourrais citer par exemple notre dernière grosse discussion avant de prendre une décision finale. Peter Sehr (cf photo) et Katja qui nous félicitent pour la qualité de nos débats. La rencontre fantastique avec Uli Hanisch, membre du jury international et l'un des meilleurs chef décorateur allemands, tout heureux de rencontrer des jeunes "Jurykollegen". Nos discussions sans fin sur, devinez quoi, le cinéma. Deux minutes après notre décision, le fatidique coup de téléphone commençant par "Die Jury hat sich entschieden". La remise des prix, où nous arrivons les nerfs en compote.
Markus (à gauche) annonce notre mention spéciale, qui va au très bon court-métrage "Lostage" de Bettina Eberhard.
Et moi qui ai le droit de d'annoncer devant toute la presse que notre vrai gagnant est le film documentaire "Drifter" de Sebastian Heidinger (petit reportage d'arte à voir ici ). Enfin nous avons le droit de nous exprimer sur ce film qui nous a tous beaucoup touché. Le dialogue avec Sebastian et son équipe est super intéressant, le second visionnage du film ne fait que confirmer notre décision. En espérant que le film, dont le sujet très dur fait fuir les professionnels, trouve rapidement un distributeur.
Il s'agit du quotidien de trois ados qui traînent autour de la gare Zoo à Berlin, en se débrouillant pour vivre. Leur vie est faite de ventes de journaux, de drogue et de prostitution. Le film montre une relation exceptionnelle bâtie entre l'équipe du film et les protagonistes, entre confiance et absence totale de jugement. Leurs petites manies, leurs corps, ce contraste flagrant entre l'angélisme de ces jeunes et la dureté de leur quotidien, l'innocence qu'ils dégagent parfois sans même s'en apercevoir, tous ces thèmes font de "Drifter" un film touchant et très réussi, dont on espère tous qu'il fera un bout de chemin en Allemagne - voire même en France, puisque le gagnant de dialogue en perspective passe automatiquement au festival du film allemand de Paris et de Nantes.
Pour Perspektive deutsches Kino, notre section, c'est terminé. Il nous restait la partie glamour et paillettes: la grande remise des prix, le film de clôture "Be kind rewind" de Gondry, et l'énorme soirée au Berlinale Palast. Le champagne coule, les larmes aussi. C'est notre dernière soirée ensemble, et ces dix jours nous ont sacrément rapprochés. Personne, je crois, ne peut vraiment comprendre ce qui s'est passé dans nos têtes.
Je quitte Berlin le cœur gros, mais certaine de continuer sur cette voie là. Cette expérience m'a fait comprendre que le cinéma devient pour moi plus qu'une passion. C'est charnel, physique, intellectuel, c'est une drogue qui ne me quittera jamais. Elle m'a permis de connaitre des gens géniaux, et ça n'est que le début.
A propos de gens géniaux: voici le cadeau qu'on a fait pour Katja, notre grande soeur qui nous a toujours présenté à ses amis sous le doux nom de "meine Jury"...
Mais avant cela je vous raconte brièvement les derniers jours, riches en émotion. Je pourrais citer par exemple notre dernière grosse discussion avant de prendre une décision finale. Peter Sehr (cf photo) et Katja qui nous félicitent pour la qualité de nos débats. La rencontre fantastique avec Uli Hanisch, membre du jury international et l'un des meilleurs chef décorateur allemands, tout heureux de rencontrer des jeunes "Jurykollegen". Nos discussions sans fin sur, devinez quoi, le cinéma. Deux minutes après notre décision, le fatidique coup de téléphone commençant par "Die Jury hat sich entschieden". La remise des prix, où nous arrivons les nerfs en compote.
Markus (à gauche) annonce notre mention spéciale, qui va au très bon court-métrage "Lostage" de Bettina Eberhard.Et moi qui ai le droit de d'annoncer devant toute la presse que notre vrai gagnant est le film documentaire "Drifter" de Sebastian Heidinger (petit reportage d'arte à voir ici ). Enfin nous avons le droit de nous exprimer sur ce film qui nous a tous beaucoup touché. Le dialogue avec Sebastian et son équipe est super intéressant, le second visionnage du film ne fait que confirmer notre décision. En espérant que le film, dont le sujet très dur fait fuir les professionnels, trouve rapidement un distributeur.
Il s'agit du quotidien de trois ados qui traînent autour de la gare Zoo à Berlin, en se débrouillant pour vivre. Leur vie est faite de ventes de journaux, de drogue et de prostitution. Le film montre une relation exceptionnelle bâtie entre l'équipe du film et les protagonistes, entre confiance et absence totale de jugement. Leurs petites manies, leurs corps, ce contraste flagrant entre l'angélisme de ces jeunes et la dureté de leur quotidien, l'innocence qu'ils dégagent parfois sans même s'en apercevoir, tous ces thèmes font de "Drifter" un film touchant et très réussi, dont on espère tous qu'il fera un bout de chemin en Allemagne - voire même en France, puisque le gagnant de dialogue en perspective passe automatiquement au festival du film allemand de Paris et de Nantes.
Pour Perspektive deutsches Kino, notre section, c'est terminé. Il nous restait la partie glamour et paillettes: la grande remise des prix, le film de clôture "Be kind rewind" de Gondry, et l'énorme soirée au Berlinale Palast. Le champagne coule, les larmes aussi. C'est notre dernière soirée ensemble, et ces dix jours nous ont sacrément rapprochés. Personne, je crois, ne peut vraiment comprendre ce qui s'est passé dans nos têtes.
Je quitte Berlin le cœur gros, mais certaine de continuer sur cette voie là. Cette expérience m'a fait comprendre que le cinéma devient pour moi plus qu'une passion. C'est charnel, physique, intellectuel, c'est une drogue qui ne me quittera jamais. Elle m'a permis de connaitre des gens géniaux, et ça n'est que le début.
A propos de gens géniaux: voici le cadeau qu'on a fait pour Katja, notre grande soeur qui nous a toujours présenté à ses amis sous le doux nom de "meine Jury"...
13 février 2008
Voyage voyages
Le nord de la France avec Doillon. Paris vu par des Coréens grâce à Sangsoo. New-York par Patti Smith. L'Autriche grâce à Spielmann. L'Espagne populaire de Bunuel. Le Mexique via Zonca. Téhéran par Assmann. Oswice par Thalheim.
etc, etc.
De Berlin, je vois le monde entier. Le monde entier est à Berlin. Wir sind auch dabei.
etc, etc.
De Berlin, je vois le monde entier. Le monde entier est à Berlin. Wir sind auch dabei.
10 février 2008
Boulimie cinématographique.
Les films s'enchaînent de plus en plus. Ceux de notre sélection, un ou deux par jour, et tous les autres que nous réussissont à voir. Nous procurer des billets est d'une telle facilité que c'en est presque insolent.
Vu hier les courts métrages "Robin" et "Teenage Angst", l'interminable "fabrique des sentiments" et le formidable "There will be blood" qui devrait rafler un gros nombre d'ours.
Dans une heure je vais voir "Julia", le dernier Zonca, ensuite "Am Ende kommen Touristen" - par le gagnant de "dialogues en perspective" d'il y a deux ans - puis, après le documentaire de notre section "Football under cover", on ira voir le film sur Patti Smith. Notre moyenne pour l'instant est d'environ 3 à 4 films par jour. Et c'est un sentiment magique à chaque fois que les lumières s'éteignent.
L'ouverture de notre sélection "dialogues en perspective" s'est faite vendredi soir, sur le film "Berlin, 1. Mai". Une salle bondée, une rangée réservée pour nous, et le directeur de la section qui nous présente... et nous réclame sur scène. Voilà les 7 jeunots du jury alignées en rang d'oignons devant 500 personnes, dont la moitié étaient les équipes des films de la sélection. Impressionnant.
Le plus impressionnant étant sans doute notre premier dialogue après le film. Mais là-dessus, secret défense!
Après ce travail intellectuel, place à la détente. Une soirée était organisée pour notre sélection, dans une énorme salle du cinéma VIP de la Berlinale, où se déroulent toutes les avant-premières officielles. Une fête incroyable qui nous a permis de rencontrer pas mal de gens, et de mieux nous connaître aussi.
Bref, beaucoup à raconter, tellement que nous nous forçons chaque jour à mettre les grandes lignes par écrit, de peur d'oublier certains moments importants.
Et maintenant je dois vous laisser, le premier film de la journée m'attend.
Vu hier les courts métrages "Robin" et "Teenage Angst", l'interminable "fabrique des sentiments" et le formidable "There will be blood" qui devrait rafler un gros nombre d'ours.
Dans une heure je vais voir "Julia", le dernier Zonca, ensuite "Am Ende kommen Touristen" - par le gagnant de "dialogues en perspective" d'il y a deux ans - puis, après le documentaire de notre section "Football under cover", on ira voir le film sur Patti Smith. Notre moyenne pour l'instant est d'environ 3 à 4 films par jour. Et c'est un sentiment magique à chaque fois que les lumières s'éteignent.
L'ouverture de notre sélection "dialogues en perspective" s'est faite vendredi soir, sur le film "Berlin, 1. Mai". Une salle bondée, une rangée réservée pour nous, et le directeur de la section qui nous présente... et nous réclame sur scène. Voilà les 7 jeunots du jury alignées en rang d'oignons devant 500 personnes, dont la moitié étaient les équipes des films de la sélection. Impressionnant.
Le plus impressionnant étant sans doute notre premier dialogue après le film. Mais là-dessus, secret défense!
Après ce travail intellectuel, place à la détente. Une soirée était organisée pour notre sélection, dans une énorme salle du cinéma VIP de la Berlinale, où se déroulent toutes les avant-premières officielles. Une fête incroyable qui nous a permis de rencontrer pas mal de gens, et de mieux nous connaître aussi.
Bref, beaucoup à raconter, tellement que nous nous forçons chaque jour à mettre les grandes lignes par écrit, de peur d'oublier certains moments importants.
Et maintenant je dois vous laisser, le premier film de la journée m'attend.
08 février 2008
Jour 0
Premier jour chargé, comme tous ceux qui vont arriver. Ne m'en voulez pas de tout raconter en style télégraphique...
10h, les membres se retrouvent dans le hall de l'hôtel et font connaissance. Jury assez jeune, de 18 à 23 ans, mais super intéressant. Certains sont étudiants en cinéma, d'autres en cursus LLCE allemand ou franco-allemand. Des personnalités super différentes, mais l'ambiance est bonne.
Notre "grande soeur" s'appelle Katja. Etudiante en école de cinéma, elle bosse pour la Berlinale, coordine notre programme, et nous accompagne partout, toujours un grand sourire aux lèvres.
Après un passage au siège de l'OFAJ et un super repas dans le Nikolaiviertel, nous sommes partis nous balader, profiter de ces dernières heures de liberté pour boire un verre et mieux nous connaître.
(tous les membres du jury n'y sont pas. En haut, les deux "doyens" du jury, Julian et Markus, en bas Julian et Susanne, la cadette)


Après avoir constaté qu'en fait nous aurons peu de temps pour voir les autres films des autres sélections, nous nous sommes quand même concoctés un programme archi-chargé, mais enthousiasmant.
Un café plus tard il est déjà l'heure de repartir pour l'hôtel. Nous sommes présentés au président de notre jury, qui vient d'arriver. Après une présentation et quelques questions, on replonge dans le U-bahn direction le Zoo Palast, où nous assistons à l'avant-première de "Shine a light", un documentaire de Scorcese sur les Rolling Stones.

Malheureusement nous n'étions pas dans le cinéma où les Stones et Scorcese présentaient le film... dommage, mais on ne peut pas tout avoir. Et on s'est vite rendu compte, vu les queues interminables devant notre ciné, qu'on était quand même super privilégiés d'avoir des billets pour l'avant-première.
La salle est immense, et l'ambiance quasi aussi chaude que si les Stones étaient là. Ça applaudit, ça boit du champagne et ça se bouscule pour les meilleures places - pas nous, heureux détenteurs des billets, installés tranquillement avec les autres privilégiés 15 min avant tout le monde.
Le film... est frustrant. C'est à 90% un concert des Stones filmé par Scorcese, à 10% un patchwork d'archives d'interviews, d'images. La Scorcese-touch manque. Le début du film est très drôle, S. se met en scène en train d'organiser le tournage du concert, s'acharnant pour soutirer au groupe une play-list digne de ce nom, groupe qui s'amuse gentiment à faire tourner "Marty" en bourrique en lui refilant la play-list... 1 minute avant l'entrée sur scène.
Cette intro n'est malheureusement qu'une intro... la musique arrive et ne part plus.
Bon, ne crachons pas dans la soupe non plus, il s'agit de véritables bètes de scène dégagant une énergie incroyable. On est quand même transportés et enthousiastes... mais ce qu'on n'a vu n'était pas un vrai film. On s'en va charmés mais frustrés, et surtout pressés d'attaquer la fiction.
Pour nous c'est demain que tout commence. Je ne peux malheureusement pas dire grand chose, étant tenue au plus grand secret! Le film s'appelle "Berlin, 1. mai". Pas encore eu le temps de me renseigner dessus, mais j'ai déjà reçu au moins 100 pages de doc sur tout le festival que je tenterai d'ouvrir un de ces quatre.
Je ne pensais pas qu'on aurait des journées aussi chargées! Mais c'est super excitant... Et les gens qui nous encadrent sont super.
Love from Berlin!
10h, les membres se retrouvent dans le hall de l'hôtel et font connaissance. Jury assez jeune, de 18 à 23 ans, mais super intéressant. Certains sont étudiants en cinéma, d'autres en cursus LLCE allemand ou franco-allemand. Des personnalités super différentes, mais l'ambiance est bonne.
Notre "grande soeur" s'appelle Katja. Etudiante en école de cinéma, elle bosse pour la Berlinale, coordine notre programme, et nous accompagne partout, toujours un grand sourire aux lèvres.
Après un passage au siège de l'OFAJ et un super repas dans le Nikolaiviertel, nous sommes partis nous balader, profiter de ces dernières heures de liberté pour boire un verre et mieux nous connaître.
(tous les membres du jury n'y sont pas. En haut, les deux "doyens" du jury, Julian et Markus, en bas Julian et Susanne, la cadette)
Après avoir constaté qu'en fait nous aurons peu de temps pour voir les autres films des autres sélections, nous nous sommes quand même concoctés un programme archi-chargé, mais enthousiasmant.
Un café plus tard il est déjà l'heure de repartir pour l'hôtel. Nous sommes présentés au président de notre jury, qui vient d'arriver. Après une présentation et quelques questions, on replonge dans le U-bahn direction le Zoo Palast, où nous assistons à l'avant-première de "Shine a light", un documentaire de Scorcese sur les Rolling Stones.
Malheureusement nous n'étions pas dans le cinéma où les Stones et Scorcese présentaient le film... dommage, mais on ne peut pas tout avoir. Et on s'est vite rendu compte, vu les queues interminables devant notre ciné, qu'on était quand même super privilégiés d'avoir des billets pour l'avant-première.
La salle est immense, et l'ambiance quasi aussi chaude que si les Stones étaient là. Ça applaudit, ça boit du champagne et ça se bouscule pour les meilleures places - pas nous, heureux détenteurs des billets, installés tranquillement avec les autres privilégiés 15 min avant tout le monde.
Le film... est frustrant. C'est à 90% un concert des Stones filmé par Scorcese, à 10% un patchwork d'archives d'interviews, d'images. La Scorcese-touch manque. Le début du film est très drôle, S. se met en scène en train d'organiser le tournage du concert, s'acharnant pour soutirer au groupe une play-list digne de ce nom, groupe qui s'amuse gentiment à faire tourner "Marty" en bourrique en lui refilant la play-list... 1 minute avant l'entrée sur scène.
Cette intro n'est malheureusement qu'une intro... la musique arrive et ne part plus.
Bon, ne crachons pas dans la soupe non plus, il s'agit de véritables bètes de scène dégagant une énergie incroyable. On est quand même transportés et enthousiastes... mais ce qu'on n'a vu n'était pas un vrai film. On s'en va charmés mais frustrés, et surtout pressés d'attaquer la fiction.
Pour nous c'est demain que tout commence. Je ne peux malheureusement pas dire grand chose, étant tenue au plus grand secret! Le film s'appelle "Berlin, 1. mai". Pas encore eu le temps de me renseigner dessus, mais j'ai déjà reçu au moins 100 pages de doc sur tout le festival que je tenterai d'ouvrir un de ces quatre.
Je ne pensais pas qu'on aurait des journées aussi chargées! Mais c'est super excitant... Et les gens qui nous encadrent sont super.
Love from Berlin!
02 février 2008
Le calme avant la tempête.
Je suis en vacances, il ne pouvait rien m'arriver de mieux. Après la journée franco-allemande, la journée porte ouvertes et ce cours désastreux sur la chanson "Paris" de Camille, où mes élèves se sont montrés aussi enthousiastes que des mollusques sous neuroleptiques, j'avoue que je n'avais qu'une envie: oublier le lycée pour un petit bout de temps. C'est chose faite, ouf!
Suis maintenant à Leipzig. Soirée à l'école des beaux-arts, dîner (lecker!) avec Albine et son amoureux, concert au Gewandhaus ce soir, petite virée à Dessau demain, bibliothèque of course... les jours passent agréablement, je respire. Mais surtout, j'attends.
Ben oui, j'attends. J-4 avant mon départ pour Berlin. Entre temps, le jury dont je fais partie a eu droit à son communiqué de presse et je dois avouer que c'est assez excitant de voir mon nom dans la liste. Le programme a été lui aussi publié... pas mal de films français, le nouveau Guédiguian, Laetitia Masson, Jacques Doillon, Gondry etc, une rétrospective Buñuel, le nouveau Scorcese... sans compter la sélection Dialogues en Perspective, qui compte 13 films et qui sera pour moi un passage obligé. Et je suis bien loin de m'en plaindre!
Le président de "mon" jury cette année s'appelle Peter Sehr. Il est réalisateur et producteur, et compte parmi ses quelques succès le film "Kaspar Hauser", pour lequel il a gagné le prix du meilleur film allemand il y a une dizaine d'années. Il a depuis fondé avec son épouse française une maison de production franco-allemande... d'où sa présence dans le jury.
J'ai vu il y a quelques jours le prix de l'an dernier: "Prinzessinenbad". Un documentaire sur cinq copines de 15 ans qui passent leur été autour de la piscine en plein air "Prinzenbad", dans Kreuzberg à Berlin. Elles glandent, picolent, draguent, se marrent, parlent mecs, sexe, école, avenir. Des p'tites nanas au caractère bien trempé, drôles et attachantes, et une réalisatrice qui a su rester en retrait pour les laisser s'exprimer. Un très bon premier film... que tous ceux qui vivent en Allemagne et qui lisent ces lignes n'hésitent pas à le voir! Il est disponible en dvd...
Suis maintenant à Leipzig. Soirée à l'école des beaux-arts, dîner (lecker!) avec Albine et son amoureux, concert au Gewandhaus ce soir, petite virée à Dessau demain, bibliothèque of course... les jours passent agréablement, je respire. Mais surtout, j'attends.
Ben oui, j'attends. J-4 avant mon départ pour Berlin. Entre temps, le jury dont je fais partie a eu droit à son communiqué de presse et je dois avouer que c'est assez excitant de voir mon nom dans la liste. Le programme a été lui aussi publié... pas mal de films français, le nouveau Guédiguian, Laetitia Masson, Jacques Doillon, Gondry etc, une rétrospective Buñuel, le nouveau Scorcese... sans compter la sélection Dialogues en Perspective, qui compte 13 films et qui sera pour moi un passage obligé. Et je suis bien loin de m'en plaindre!
Le président de "mon" jury cette année s'appelle Peter Sehr. Il est réalisateur et producteur, et compte parmi ses quelques succès le film "Kaspar Hauser", pour lequel il a gagné le prix du meilleur film allemand il y a une dizaine d'années. Il a depuis fondé avec son épouse française une maison de production franco-allemande... d'où sa présence dans le jury.
J'ai vu il y a quelques jours le prix de l'an dernier: "Prinzessinenbad". Un documentaire sur cinq copines de 15 ans qui passent leur été autour de la piscine en plein air "Prinzenbad", dans Kreuzberg à Berlin. Elles glandent, picolent, draguent, se marrent, parlent mecs, sexe, école, avenir. Des p'tites nanas au caractère bien trempé, drôles et attachantes, et une réalisatrice qui a su rester en retrait pour les laisser s'exprimer. Un très bon premier film... que tous ceux qui vivent en Allemagne et qui lisent ces lignes n'hésitent pas à le voir! Il est disponible en dvd...
23 janvier 2008
Elle avait des bagues à chaque doigt...
Parce que j'ai terminé la bio de Truffaut il y a quelques jours. Parce que grâce à Arte j'ai enfin pu voir "Jules et Jim". Parce que Jeanne Moreau fête aujourd'hui son 80ème anniversaire.
Parce que je ne me lasserai jamais d'écouter cette chanson...
Parce que je ne me lasserai jamais d'écouter cette chanson...
22 janvier 2008
Le jour le plus long
Aujourd'hui, la France et l'Allemagne fêtent la 5ème journée franco-allemande. Créée par Chirac et Schröder à l'occasion des 40 ans du Traité de l'Elysée, elle est sensée faire parler du pays voisin, de sa langue et de sa culture, et promouvoir les institutions franco-allemandes. Baignant de plus en plus dans le monde franco-allemand, j'ai cette année participé plein pot à cette longue, très longue journée.
Qui a commencé ce matin à 7h à l'école, pour préparer avec les élèves de 12ème une vente de spécialités françaises - crèpes, mousse au chocolat, gâteaux... Le tout accompagné de nappes et serviettes bleues blanches et rouges, sur un air d'accordéon. Un succès! Mais surtout un gros boulot...

Les héroïnes du jour, mes deux collègues prof de français: à gauche Katrin, à droite ma tutrice Annett.
... et les 12ème en plein travail.
La dernière heure de cours enfin terminée, je file direction l'institut français à Dresde. A 16h a lieu le vernissage de l'expo France-Saxe, préparée par des étudiants en français de la fac de Dresde. Une partie de l'expo était consacrée aux francophones vivant en Saxe, et, la communauté française n'étant pas grande, j'avais été contactée avant Noël par une étudiante pour une petite interview concernant l'expo. L'entretien s'était super bien passé et m'a permis de sympathiser avec Carola, l'étudiante en question. Elle m'avait donc logiquement invitée au vernissage, qui accueillait en gros toute la communauté franco-allemande de Dresde. Le moyen de revoir des visages un peu perdus de vue, et d'en rencontrer des nouveaux.
Le résultat de l'interview, que l'on pouvait aussi écouter...


En tout cas une super initiative, venant de deux profs de la fac de Dresde qui en ont eu assez des blablas et des propositions en l'air balancées chaque année depuis cinq ans à l'occasion. Ils ont eu envie de développer un vrai projet concret avec les étudiants... qui en ont bien bavé je crois, mais qui au final avaient l'air ravis du résultat. L'institut était plein à craquer et l'ambiance très sympa... chapeau Carola et les autres!
Enfin, dernier évènement sympa de la journée, l'édition spéciale de rencontres.de - notamment un extrait très drôle des meilleures bourdes commises en allemand ou en français par les membres de la rédaction... Vous voulez connaître la mienne?
Alors bonne lecture!
Qui a commencé ce matin à 7h à l'école, pour préparer avec les élèves de 12ème une vente de spécialités françaises - crèpes, mousse au chocolat, gâteaux... Le tout accompagné de nappes et serviettes bleues blanches et rouges, sur un air d'accordéon. Un succès! Mais surtout un gros boulot...
Les héroïnes du jour, mes deux collègues prof de français: à gauche Katrin, à droite ma tutrice Annett.
La dernière heure de cours enfin terminée, je file direction l'institut français à Dresde. A 16h a lieu le vernissage de l'expo France-Saxe, préparée par des étudiants en français de la fac de Dresde. Une partie de l'expo était consacrée aux francophones vivant en Saxe, et, la communauté française n'étant pas grande, j'avais été contactée avant Noël par une étudiante pour une petite interview concernant l'expo. L'entretien s'était super bien passé et m'a permis de sympathiser avec Carola, l'étudiante en question. Elle m'avait donc logiquement invitée au vernissage, qui accueillait en gros toute la communauté franco-allemande de Dresde. Le moyen de revoir des visages un peu perdus de vue, et d'en rencontrer des nouveaux.
Le résultat de l'interview, que l'on pouvait aussi écouter...
En tout cas une super initiative, venant de deux profs de la fac de Dresde qui en ont eu assez des blablas et des propositions en l'air balancées chaque année depuis cinq ans à l'occasion. Ils ont eu envie de développer un vrai projet concret avec les étudiants... qui en ont bien bavé je crois, mais qui au final avaient l'air ravis du résultat. L'institut était plein à craquer et l'ambiance très sympa... chapeau Carola et les autres!
Enfin, dernier évènement sympa de la journée, l'édition spéciale de rencontres.de - notamment un extrait très drôle des meilleures bourdes commises en allemand ou en français par les membres de la rédaction... Vous voulez connaître la mienne?
Alors bonne lecture!
18 janvier 2008
Mach kein Fisimatenten!
Je viens de lire sur spiegelonline que les Instituts Goethe ont décidé de lancer un concours des meilleurs mots étrangers germanisés. Visiblement c'est la mode en ce moment de s'intéresser aux dérivations de la langue allemande (cf le prix de Duden décerné au pire mot allemand de l'année)... Et le Spiegel en a trouvé un que j'adore: l'expression "fisimatenten". Ca ne vous dit rien, et c'est normal.

Pourtant ce mot a une histoire assez marrante: lorsque ce cher petit Napoléon s'est mis en tête de conquérir l'Europe, il n'était pas tout seul: une armée de français était là pour combattre à ses côtés. Arrivés en Allemagne, beaucoup de soldats ressentirent le besoin d'assouvir quelques pulsions, leurs femmes étant bien loin d'eux. Les jeunes filles leipzigoises étaient donc pour eux une proie rêvée, que les soldats attiraient en leur proposant de "visiter ma tente". Les jeunes filles honteuses rentraient à la maison et se faisaient gronder par leurs mères, qui leur répétaient ensuite "Mach keine Fisimatenten!", en gros "ne fais pas de bétises!".
Voilà comment "visiter ma tente" est devenu "Fisimatenten": faire une grosse bétise...

Pourtant ce mot a une histoire assez marrante: lorsque ce cher petit Napoléon s'est mis en tête de conquérir l'Europe, il n'était pas tout seul: une armée de français était là pour combattre à ses côtés. Arrivés en Allemagne, beaucoup de soldats ressentirent le besoin d'assouvir quelques pulsions, leurs femmes étant bien loin d'eux. Les jeunes filles leipzigoises étaient donc pour eux une proie rêvée, que les soldats attiraient en leur proposant de "visiter ma tente". Les jeunes filles honteuses rentraient à la maison et se faisaient gronder par leurs mères, qui leur répétaient ensuite "Mach keine Fisimatenten!", en gros "ne fais pas de bétises!".
Voilà comment "visiter ma tente" est devenu "Fisimatenten": faire une grosse bétise...
16 janvier 2008
Berlinale!
C'est officiel donc j'ai le droit de le crier partout:
Je suis membre du jury "Dialogues en perspective / Perspektiv deutsches Kino" du festival du film de Berlin!!
C'est un jeune jury composé de 4 français et 3 allemands, ou l'inverse, qui récompense le film d'un jeune réalisateur à la fin du festival.
Après m'être arraché les cheveux sur une liste de questions du style "racontez un moment franco-allemand personnel", "rédigez une critique de "la vie des autres" ou encore "quel est votre scénariste favori?", j'ai passé un petit entretien téléphonique en allemand avec une jeune femme de TV5, qui co-organise le concours avec l'OFAJ.
Et qui m'a écrit aujourd'hui pour m'annoncer la bonne nouvelle.
Le coup de bol c'est que le festival tombe pendant les vacances de la Saxe, donc je n'ai pas besoin de m'absenter de l'école. Du 6 au 17 février, je serai donc à Berlin, certainement chez le p'tit Lü.
Est-il nécessaire d'ajouter que je suis surexcitée?
En attendant j'ai un boulot énorme qui m'attend, notamment à cause de la journée franco-allemande qui arrive: on organise à l'école une dégustation "typisch französisch" qui s'annonce délicieuse mais qui demande une organisation dingue. Et si je dois reconnaitre que la classe avec qui nous organisons ça n'est ni la meilleure ni la plus sympa, ils ont au moins le mérite d'adorer les spécialités françaises... et donc d'être super-motivés pour organiser la journée.
On les attrape comme on peut!
Je suis membre du jury "Dialogues en perspective / Perspektiv deutsches Kino" du festival du film de Berlin!!
C'est un jeune jury composé de 4 français et 3 allemands, ou l'inverse, qui récompense le film d'un jeune réalisateur à la fin du festival.
Après m'être arraché les cheveux sur une liste de questions du style "racontez un moment franco-allemand personnel", "rédigez une critique de "la vie des autres" ou encore "quel est votre scénariste favori?", j'ai passé un petit entretien téléphonique en allemand avec une jeune femme de TV5, qui co-organise le concours avec l'OFAJ.
Et qui m'a écrit aujourd'hui pour m'annoncer la bonne nouvelle.
Le coup de bol c'est que le festival tombe pendant les vacances de la Saxe, donc je n'ai pas besoin de m'absenter de l'école. Du 6 au 17 février, je serai donc à Berlin, certainement chez le p'tit Lü.
Est-il nécessaire d'ajouter que je suis surexcitée?
En attendant j'ai un boulot énorme qui m'attend, notamment à cause de la journée franco-allemande qui arrive: on organise à l'école une dégustation "typisch französisch" qui s'annonce délicieuse mais qui demande une organisation dingue. Et si je dois reconnaitre que la classe avec qui nous organisons ça n'est ni la meilleure ni la plus sympa, ils ont au moins le mérite d'adorer les spécialités françaises... et donc d'être super-motivés pour organiser la journée.
On les attrape comme on peut!
10 janvier 2008
Raclure Télévisuelle Lamentable
Tout a commencé il y a quelques semaines, dans le métro de Munich. Deux jeunes fument dans un wagon, un retraité leur demande d'éteindre leur cigarette. (Désolée, la version du lecteur mp3 est celle d'un fait divers du même genre qui a eu lieu récemment en Allemagne). Les deux jeunes refusent d'obéir, deviennent agressifs et tabassent le vieil homme.
Scandale en Allemagne, la vidéo de la scène passe en boucle sur toutes les chaines de télévision, le débat sur la criminalité des jeunes remonte tout de suite à la surface.
Roland Koch, ministre conservateur de Hesse (Land de Francfort sur le Main), en profite pour rappeler aux médias son idée d'enfermer les jeunes délinquants dans des camps "à la dure" - mais si vous savez, ceux qu'on voit une fois par semaine dans "envoyé spécial" ou "zone interdite", avec ces gamins dont on prétend que la discipline militaire les réconciliera avec la vie.
Et Koch d'ajouter la petite phrase de trop: "nous avons trop de délinquants étrangers".
Car les deux jeunes criminels sont turc et grec.
Une semaine plus tard je tombe sur un reportage de RTL sur le sujet. Et là, j'hallucine complètement. Deux fois de suite, il est clairement affirmé que les "adolescents issus de familles immigrées sont trois fois plus criminels que les adolescents allemands". Et vas-y que pour me la jouer journaliste consciencieux je balance des chiffres, mais surtout - et c'est le meilleur - un criminologue, sorti d'on ne sait où, qui appuie fermement ces propos, reprenant les chiffres et étayant la thèse.
Il nous est ensuite montré un exemple de camp comme il en existe déjà. Les trois jeunes ex-délinquants interviewés sont tous d'origine étrangère, alors que l'on aperçoit des allemands derrière eux. Ils ont tous les trois les gueules cassées de ces jeunes qui ont connu la rue bien trop tôt. Ils ont du mal à s'exprimer; la caméra s'attarde sur leurs défauts physiques. Le contenu de leur discours ne compte plus.
Après l'aimable visionnage de ce camp sinistre, comme si ça ne suffisait pas, les journalistes en remettent une couche. Mêmes chiffres, même tartignole en guise de criminologue: la même affirmation est balancée une seconde fois en toute gratuité: les jeunes issus de familles immigrées posent trois fois plus de problèmes que les jeunes allemands.
Les chiffres sont certainement vrais. Mais pourquoi enfoncer si bêtement le bouchon, sans même se demander une seconde comment ces jeunes ont pu en arriver là? Se demande-t-on peut-être si ces jeunes, dès le départ, ont eu les mêmes chances que les jeunes allemands? Rien de cela.
Au lieu de ça, un constat froid est jeté une fois, puis deux. Là-dessus, un visage grave de la présentatrice, une bonne page de pub et hop, les consciences sont fraichement imprégnées. Une aubaine pour certains partis, à l'heure où la Hesse et la Basse-Saxe sont en pleine campagne électorale pour élire leurs parlements.
Bravo, RTL. En cinq minutes vous avez réussi à donner un joli pourcentage au parti national allemand. Et à me faire zapper définitivement.
Scandale en Allemagne, la vidéo de la scène passe en boucle sur toutes les chaines de télévision, le débat sur la criminalité des jeunes remonte tout de suite à la surface.
Roland Koch, ministre conservateur de Hesse (Land de Francfort sur le Main), en profite pour rappeler aux médias son idée d'enfermer les jeunes délinquants dans des camps "à la dure" - mais si vous savez, ceux qu'on voit une fois par semaine dans "envoyé spécial" ou "zone interdite", avec ces gamins dont on prétend que la discipline militaire les réconciliera avec la vie.
Et Koch d'ajouter la petite phrase de trop: "nous avons trop de délinquants étrangers".
Car les deux jeunes criminels sont turc et grec.
Une semaine plus tard je tombe sur un reportage de RTL sur le sujet. Et là, j'hallucine complètement. Deux fois de suite, il est clairement affirmé que les "adolescents issus de familles immigrées sont trois fois plus criminels que les adolescents allemands". Et vas-y que pour me la jouer journaliste consciencieux je balance des chiffres, mais surtout - et c'est le meilleur - un criminologue, sorti d'on ne sait où, qui appuie fermement ces propos, reprenant les chiffres et étayant la thèse.
Il nous est ensuite montré un exemple de camp comme il en existe déjà. Les trois jeunes ex-délinquants interviewés sont tous d'origine étrangère, alors que l'on aperçoit des allemands derrière eux. Ils ont tous les trois les gueules cassées de ces jeunes qui ont connu la rue bien trop tôt. Ils ont du mal à s'exprimer; la caméra s'attarde sur leurs défauts physiques. Le contenu de leur discours ne compte plus.
Après l'aimable visionnage de ce camp sinistre, comme si ça ne suffisait pas, les journalistes en remettent une couche. Mêmes chiffres, même tartignole en guise de criminologue: la même affirmation est balancée une seconde fois en toute gratuité: les jeunes issus de familles immigrées posent trois fois plus de problèmes que les jeunes allemands.
Les chiffres sont certainement vrais. Mais pourquoi enfoncer si bêtement le bouchon, sans même se demander une seconde comment ces jeunes ont pu en arriver là? Se demande-t-on peut-être si ces jeunes, dès le départ, ont eu les mêmes chances que les jeunes allemands? Rien de cela.
Au lieu de ça, un constat froid est jeté une fois, puis deux. Là-dessus, un visage grave de la présentatrice, une bonne page de pub et hop, les consciences sont fraichement imprégnées. Une aubaine pour certains partis, à l'heure où la Hesse et la Basse-Saxe sont en pleine campagne électorale pour élire leurs parlements.
Bravo, RTL. En cinq minutes vous avez réussi à donner un joli pourcentage au parti national allemand. Et à me faire zapper définitivement.
06 janvier 2008
Ah, Paris
Oui, il y a toujours un truc étrange dans l'air parisien. Quelque chose d'inconnu, qui rend fébrile, avide. Envie de tout faire, de tout voir - les gens, les films, les livres, les expos, les concerts. Sensation de manque à combler, parce que cette ville a l'art de vous rappeler tout ce que vous avez loupé ces derniers mois. Ça en devient forcément frustrant, parce que bien sûr on ne peut pas tout faire en un temps limité. Mais on essaye d'en faire le maximum, sans que ça en devienne une course forcée.
Pour ma part, vu "La visite de la fanfare" que j'ai trouvé superbe, "La nuit nous appartient" pas mal du tout, "Actrices" sympathiquement déjanté et sur le tard "Les promesses de l'ombre", thriller déroutant, entre ce calme londonien rappelant les prises de vue de "match point" et des scènes ultra violentes. Mais bon, Viggo Mortensen. Ça veut tout dire.
Découvert la biographie de Truffaut par Antoine de Baecque et Serge Toubiana, que je ne lâche plus. Bien écrit, passionnant, encore un livre qui donne envie de le fermer pour se plonger dans la filmographie de Truffaut - sans doute le meilleur moyen de le connaître, quand on y pense.
Vu "Allemagne, années noires", très bonne expo sur l'expressionisme allemand.
Ecouté le dernier "hocus pocus", qui en jette.
Vu autant de gens que j'ai pu. Mangé une bavette avec les uns, bu des mojitos avec les autres, etc. C'est toujours trop court et jamais assez, mais c'est mieux que rien. Ils me manquent tous ces zigotos, souvent.
Je rentre en Allemagne la tête pleine, les poches vides.
Paris est une putain qui vous prend tout votre argent, c'est connu depuis si longtemps. Mais ça valait tellement le coup que je ne lui en tiens pas rigueur.
Longue vie à elle.
EDIT en photos: sur mon chemin, j'ai croisé...
... un moscovite d'adoption au regard de fier pionnier...

... un studio photo tapissé de livres, le pied...

... une amatrice de galettes des rois...

... Carla Bru... heu non pardon. Les lunettes de mouche de Caro, après le quatrième mojto.
Pour ma part, vu "La visite de la fanfare" que j'ai trouvé superbe, "La nuit nous appartient" pas mal du tout, "Actrices" sympathiquement déjanté et sur le tard "Les promesses de l'ombre", thriller déroutant, entre ce calme londonien rappelant les prises de vue de "match point" et des scènes ultra violentes. Mais bon, Viggo Mortensen. Ça veut tout dire.
Découvert la biographie de Truffaut par Antoine de Baecque et Serge Toubiana, que je ne lâche plus. Bien écrit, passionnant, encore un livre qui donne envie de le fermer pour se plonger dans la filmographie de Truffaut - sans doute le meilleur moyen de le connaître, quand on y pense.
Vu "Allemagne, années noires", très bonne expo sur l'expressionisme allemand.
Ecouté le dernier "hocus pocus", qui en jette.
Vu autant de gens que j'ai pu. Mangé une bavette avec les uns, bu des mojitos avec les autres, etc. C'est toujours trop court et jamais assez, mais c'est mieux que rien. Ils me manquent tous ces zigotos, souvent.
Je rentre en Allemagne la tête pleine, les poches vides.
Paris est une putain qui vous prend tout votre argent, c'est connu depuis si longtemps. Mais ça valait tellement le coup que je ne lui en tiens pas rigueur.
Longue vie à elle.
EDIT en photos: sur mon chemin, j'ai croisé...
... un studio photo tapissé de livres, le pied...
... une amatrice de galettes des rois...
... Carla Bru... heu non pardon. Les lunettes de mouche de Caro, après le quatrième mojto.
03 janvier 2008
Je vis encore. Mais tout passe tellement vite, verdammt! A peine le temps dire ouf et les vacances à Paris sont déjà terminées, le nouvel an aussi. Et je me retrouve avec des milliards de choses à faire en me demandant, comme d'habitude, par quel bout je pourrais bien commencer.
Donc je ne m'attarderai pas. Je souhaite à tous ceux qui liront ces lignes une excellente année 2008, amour, gloire et beauté comme dirait la meilleure de toutes mes cousines (j'en n'ai qu'une), et longue vie.
Je vous embrasse
A*
ps: à ceux à qui je n'ai pas répondu aux voeux de bonne année... je donne bientôt de mes nouvelles, promis!
Donc je ne m'attarderai pas. Je souhaite à tous ceux qui liront ces lignes une excellente année 2008, amour, gloire et beauté comme dirait la meilleure de toutes mes cousines (j'en n'ai qu'une), et longue vie.
Je vous embrasse
A*
ps: à ceux à qui je n'ai pas répondu aux voeux de bonne année... je donne bientôt de mes nouvelles, promis!
19 décembre 2007
Travaux à Dresde et Leipzig: un pont, un tunnel et surtout... un gros bordel
Dimanche à Leipzig, un ami ingénieur de Florian nous a fait visiter un morceau du tunnel, sous la place du marché, en plein centre. Pour ceux qui ne seraient pas au courant: Leipzig va avoir un métro. Son plan géographique, je ne le connais pas, mais je sais que le centre piéton, jusqu'ici pas desservi par les trams (ils circulent autour du centre, sur le "Ring"), sera désormais complètement accessible grâce au u-bahn, qui a pour but de désengorger la circulation automobile.
Ce tunnel coûte un fric absolument monstrueux, et nombreux sont ceux qui doutent de son utilité. J'en fais partie: le réseau de tram est excellent à Leipzig, et le centre est facilement accessible à pieds sauf depuis le début des travaux, sérieusement enquiquinant pour les piétons. Et visiblement une seule ligne de u-bahn est prévue... or elle devrait être terminée seulement en 2009.
L'autre question pour l'instant sans réponse, c'est de savoir si les ICE - les TGV allemands - circuleront également dans le tunnel. C'était l'argument numéro un pour la construction du tunnel grâce au gain de temps sur certains trajets, mais visiblement cela n'est pas si évident que ça. Et pour l'instant, l'affaire est qualifiée d'un gros point d'interrogation.
En tout cas j'étais curieuse de voir à quoi cela ressemblait dans les entrailles de la ville. Je n'ai pas regretté, c'était bluffant.

La gentille machine qui perce le tunnel. Autant vous dire qu'on se sent petit à côté.


Un tunnel à Dresde, voilà ce que réclament à corps et à cris les ennemis du Waldschlösschenbrücke, le pont sur l'Elbe qui va être construit près de chez moi. Un pont sensé lui aussi désengorger la circulation. Mais il sème la discorde, car la circulation automobile va sans doute chasser définitivement une espèce très rare de chauve-souris établie dans le coin. L'argument principal c'est aussi que la construction du pont va faire perdre à Dresde son statut de patrimoine mondial de l'UNESCO. Est-ce que ce statut rapporte de l'argent à la ville? C'est une question à laquelle j'ai eu toutes les réponses imaginables - donc aucune.
Je ne sais pas trop quoi en penser. J'ai vu des images du futur pont et c'est clair qu'il n'embellira pas le quartier, qui est lui très joli- situé sur les hauteurs de Dresde avec vue imprenable sur l'Elbe.
Les acharnés tentent comme ils peuvent d'arrêter la construction du pont, entre occupation du site et flyers "Ja zum Tunnel". Peine perdue, puisque les travaux ont commencé il y a quelques semaines.
Un pont, un tunnel, deux projets décriés et dont l'utilité n'est pas flagrante. Que se passe-t-il en Saxe? Concurrence face à l'ouest, manque d'humilité? Ou bien ces projets ont-ils une vraie valeur? Voici les questions qui animent les débats locaux- questions auxquelles on peine à trouver une vraie réponse...
Ce tunnel coûte un fric absolument monstrueux, et nombreux sont ceux qui doutent de son utilité. J'en fais partie: le réseau de tram est excellent à Leipzig, et le centre est facilement accessible à pieds sauf depuis le début des travaux, sérieusement enquiquinant pour les piétons. Et visiblement une seule ligne de u-bahn est prévue... or elle devrait être terminée seulement en 2009.
L'autre question pour l'instant sans réponse, c'est de savoir si les ICE - les TGV allemands - circuleront également dans le tunnel. C'était l'argument numéro un pour la construction du tunnel grâce au gain de temps sur certains trajets, mais visiblement cela n'est pas si évident que ça. Et pour l'instant, l'affaire est qualifiée d'un gros point d'interrogation.
En tout cas j'étais curieuse de voir à quoi cela ressemblait dans les entrailles de la ville. Je n'ai pas regretté, c'était bluffant.
Un tunnel à Dresde, voilà ce que réclament à corps et à cris les ennemis du Waldschlösschenbrücke, le pont sur l'Elbe qui va être construit près de chez moi. Un pont sensé lui aussi désengorger la circulation. Mais il sème la discorde, car la circulation automobile va sans doute chasser définitivement une espèce très rare de chauve-souris établie dans le coin. L'argument principal c'est aussi que la construction du pont va faire perdre à Dresde son statut de patrimoine mondial de l'UNESCO. Est-ce que ce statut rapporte de l'argent à la ville? C'est une question à laquelle j'ai eu toutes les réponses imaginables - donc aucune.
Je ne sais pas trop quoi en penser. J'ai vu des images du futur pont et c'est clair qu'il n'embellira pas le quartier, qui est lui très joli- situé sur les hauteurs de Dresde avec vue imprenable sur l'Elbe.
Les acharnés tentent comme ils peuvent d'arrêter la construction du pont, entre occupation du site et flyers "Ja zum Tunnel". Peine perdue, puisque les travaux ont commencé il y a quelques semaines.
Un pont, un tunnel, deux projets décriés et dont l'utilité n'est pas flagrante. Que se passe-t-il en Saxe? Concurrence face à l'ouest, manque d'humilité? Ou bien ces projets ont-ils une vraie valeur? Voici les questions qui animent les débats locaux- questions auxquelles on peine à trouver une vraie réponse...
15 décembre 2007
Première fois
C'est étrange d'être publié pour la première fois. Peu importe dans quel média, c'est une drôle d'impression. On voit ses propres mots affichés, on voit son nom écrit noir sur blanc. On relit le tout, et les mots semblent ne plus vous appartenir. Ils sont là, à la merci du lecteur, prêt à les dévorer un par un. Le produit de vos réflexions personnelles, de ces minutes, heures ou semaines passées devant l'ordinateur à chercher la tournure avec un grand T, le titre qui convient, la conclusion parfaite... tout est exposé, étalé, là devant vous, ça en deviendrait presque indécent.
Puis vient la phase critique: celle de la vraie relecture. Lorsque vous avez l'esprit clair et dégagé, une bonne nuit de sommeil derrière vous. Et là, non seulement les mots vous semblent étrangers, mais en plus vous les trouvez dans l'ensemble... peu excitants. Plats. Chiants.
Pas évident la première fois. Mais comme dirait l'autre, c'est en forgeant qu'on devient forgeron...
Et puis vient l'anecdote marrante. Mon article d'essai pour rencontres parle de l'expérience d'assistante de Marion. Or maintenant c'est moi l'assistante. Et comme les autres je suis abonnée à une liste commune qui permet aux assistants français de rester en contact, et grâce à laquelle on peut envoyer des messages communs.
Or aujourd'hui parmi ces messages il y a une assistante qui recommande de lire... mon article, toute contente qu'"on parle de nous".
Alors on se console en se disant que ce qu'on a écrit ne restera pas dans les annales, mais que ça aura au moins plu à une personne. Et qu'au fond, c'est déjà un début. Oui, je parle de début parce que une chose est sûre: malgré les drôles d'impressions nées de cette première fois, je suis certaine d'une chose:
je suis loin, très loin de m'arrêter d'écrire.
Puis vient la phase critique: celle de la vraie relecture. Lorsque vous avez l'esprit clair et dégagé, une bonne nuit de sommeil derrière vous. Et là, non seulement les mots vous semblent étrangers, mais en plus vous les trouvez dans l'ensemble... peu excitants. Plats. Chiants.
Pas évident la première fois. Mais comme dirait l'autre, c'est en forgeant qu'on devient forgeron...
Et puis vient l'anecdote marrante. Mon article d'essai pour rencontres parle de l'expérience d'assistante de Marion. Or maintenant c'est moi l'assistante. Et comme les autres je suis abonnée à une liste commune qui permet aux assistants français de rester en contact, et grâce à laquelle on peut envoyer des messages communs.
Or aujourd'hui parmi ces messages il y a une assistante qui recommande de lire... mon article, toute contente qu'"on parle de nous".
Alors on se console en se disant que ce qu'on a écrit ne restera pas dans les annales, mais que ça aura au moins plu à une personne. Et qu'au fond, c'est déjà un début. Oui, je parle de début parce que une chose est sûre: malgré les drôles d'impressions nées de cette première fois, je suis certaine d'une chose:
je suis loin, très loin de m'arrêter d'écrire.
08 décembre 2007
Curieuse semaine que celle qui vient de s'écouler. Tombée malade mardi, j'ai donc été dispensée d'aller travailler mercredi et jeudi. Peu à peu mes cordes vocales se font la belle, et le concert du choeur se rapproche. Ce qui m'agace dans tout ça c'est que j'ai été incapable de faire de mon temps libre quelque chose de constructif. Parce que quand on est malade, on reste au lit, point à la ligne.
Alors, je lis. Les journaux, toujours - et puis je m'acharne sur ce livre étrange qui me suit depuis des semaines sans que j'arrive à le terminer: "die Legende vom Glück ohne Ende", de Ulrich Plenzdorf, citoyen d'ex-DDR et également auteur des "Nouvelles souffrances du jeune Werther". Ce livre a été adapté au cinéma dans les années 80 sous le nom "die Legende von Paul und Paula", je l'avais vu avec ma coloc Tabea lorsqu'elle préparait un exposé sur les Heimatfilme.
Le film nous avait déjà semblé étrange, très daté. Le livre est spécial lui aussi.
Il s'agit de l'histoire d'amour tumultueuse de Paul et Paula, qui se joue dans le Singer, une sorte de cité de Prenzlauerberg à Berlin, à l'époque où le quartier était encore un vrai quartier ouvrier.
Paul et Paula se connaissent depuis l'enfance mais se "loupent" au moment clé de l'adolescence, Paul étant parti étudier en Russie. Chacun se marie et fonde une famille, mais peu à peu l'attirance entre les deux se fait sentir...
Le récit de cette "histoire de bonheur sans fin" est mené par un habitant du Singer, proche des protagonistes, mais dont on ne connait pas le nom. Paul et Paula interviennent rétrospectivement dans le récit pour le ponctuer de petits commentaires confiés au narrateur, qui les insère directement. Le style est simple, les phrases courtes.
Les traces d'une mentalité très DDR sont visibles mais je n'irai pas jusqu'à dire qu'elles sont criantes. Mais l'habitat collectif, le fait que le Singer soit au courant de tous les détails de l'histoire, que chaque étape soit vécue collectivement, que Paul et Paula soient - du moins quand ils sont en forme - des travailleurs exemplaires, tout ça peut être vu comme "preuve de".
Une sorte de conte de fées à la sauce DDR, donc.
Est-ce que le conte en question a droit à une happy end, je ne le sais pas encore. En tout cas, malgré le style très simple, je trouve ce livre sec, voire âpre - quasiment d'un autre temps, et donc pas si facile ni forcément très agréable...
Mais si vous avez l'occasion de voir le film, il reste intéressant - tout comme le livre. Les deux sont très connus en Allemagne et font partie de ces oeuvres embarquées dans la réunification, reconnues à leur juste valeur...
Alors, je lis. Les journaux, toujours - et puis je m'acharne sur ce livre étrange qui me suit depuis des semaines sans que j'arrive à le terminer: "die Legende vom Glück ohne Ende", de Ulrich Plenzdorf, citoyen d'ex-DDR et également auteur des "Nouvelles souffrances du jeune Werther". Ce livre a été adapté au cinéma dans les années 80 sous le nom "die Legende von Paul und Paula", je l'avais vu avec ma coloc Tabea lorsqu'elle préparait un exposé sur les Heimatfilme.
Le film nous avait déjà semblé étrange, très daté. Le livre est spécial lui aussi.Il s'agit de l'histoire d'amour tumultueuse de Paul et Paula, qui se joue dans le Singer, une sorte de cité de Prenzlauerberg à Berlin, à l'époque où le quartier était encore un vrai quartier ouvrier.
Paul et Paula se connaissent depuis l'enfance mais se "loupent" au moment clé de l'adolescence, Paul étant parti étudier en Russie. Chacun se marie et fonde une famille, mais peu à peu l'attirance entre les deux se fait sentir...
Le récit de cette "histoire de bonheur sans fin" est mené par un habitant du Singer, proche des protagonistes, mais dont on ne connait pas le nom. Paul et Paula interviennent rétrospectivement dans le récit pour le ponctuer de petits commentaires confiés au narrateur, qui les insère directement. Le style est simple, les phrases courtes.
Les traces d'une mentalité très DDR sont visibles mais je n'irai pas jusqu'à dire qu'elles sont criantes. Mais l'habitat collectif, le fait que le Singer soit au courant de tous les détails de l'histoire, que chaque étape soit vécue collectivement, que Paul et Paula soient - du moins quand ils sont en forme - des travailleurs exemplaires, tout ça peut être vu comme "preuve de".
Une sorte de conte de fées à la sauce DDR, donc.
Est-ce que le conte en question a droit à une happy end, je ne le sais pas encore. En tout cas, malgré le style très simple, je trouve ce livre sec, voire âpre - quasiment d'un autre temps, et donc pas si facile ni forcément très agréable...
Mais si vous avez l'occasion de voir le film, il reste intéressant - tout comme le livre. Les deux sont très connus en Allemagne et font partie de ces oeuvres embarquées dans la réunification, reconnues à leur juste valeur...
29 novembre 2007
Débordage
"Autant parfois je n'ai aucune envie de poster quelque chose sur ce blog, autant parfois ça me démange, et pas qu'à moitié.
Donc là ça se bouscule un peu.
J'avais envie de vous parler du débat qui a lieu autour de la création du Waldschlösschenbrücke (à vos souhaits), un pont qui risque de faire perdre à Dresde son statut de patrimoine mondial de l'Unesco.
Je voulais également vous parler de la tribune commune des maires de Sevran, Tremblay-en-France et Saint-Denis dans libé aujourd'hui.
Et puis je voulais me faire l'echo de ce que j'entends ici sur les banlieues, sur les grèves, les blocages.
Il devait aussi être question des marchés de Noël qui fleurissent partout en Allemagne en ce moment.
On aurait pu également évoquer mes projets futurs. Rencontres, la berlinale, Cendrillon. Mon départ demain pour Leipzig. La soupe au potiron que mon coloc' est en train de préparer.
Et puis en fait il y a trop de chose à dire et ce soir je suis bien paresseuse..."
... alors je vous laisse chercher vous-même!
1) Quelle est la nature de ce texte? Justifiez.
2) Relevez les mots-clés. En quoi sont-ils la preuve d'un certain désarroi de la part de l'auteur?
3) Rédigez un texte d'une dizaine de ligne, reprenant les mots-clés et le style (hautement littéraire et, disons-le, incomparable) de l'auteur.
(ceci s'appelle la meilleure pirouette du prof pour avoir la paix en cours pendant une heure)
Donc là ça se bouscule un peu.
J'avais envie de vous parler du débat qui a lieu autour de la création du Waldschlösschenbrücke (à vos souhaits), un pont qui risque de faire perdre à Dresde son statut de patrimoine mondial de l'Unesco.
Je voulais également vous parler de la tribune commune des maires de Sevran, Tremblay-en-France et Saint-Denis dans libé aujourd'hui.
Et puis je voulais me faire l'echo de ce que j'entends ici sur les banlieues, sur les grèves, les blocages.
Il devait aussi être question des marchés de Noël qui fleurissent partout en Allemagne en ce moment.
On aurait pu également évoquer mes projets futurs. Rencontres, la berlinale, Cendrillon. Mon départ demain pour Leipzig. La soupe au potiron que mon coloc' est en train de préparer.
Et puis en fait il y a trop de chose à dire et ce soir je suis bien paresseuse..."
... alors je vous laisse chercher vous-même!
1) Quelle est la nature de ce texte? Justifiez.
2) Relevez les mots-clés. En quoi sont-ils la preuve d'un certain désarroi de la part de l'auteur?
3) Rédigez un texte d'une dizaine de ligne, reprenant les mots-clés et le style (hautement littéraire et, disons-le, incomparable) de l'auteur.
(ceci s'appelle la meilleure pirouette du prof pour avoir la paix en cours pendant une heure)
27 novembre 2007
On the road again
Moi qui avait commencé un long post pour raconter ce week-end plus qu'actif, je me rends compte que je n'avais pas enregistré mon brouillon... grrr...
Donc, comme d'hab lorsque j'ai la flemme d'écrire mais l'envie de raconter, voici en vrac le récit de mon petit périple:
Arrivée jeudi soir à Leipzig avec un amoureux certes absent à la gare mais... présent aux fourneaux (il sait me prendre par les sentiments ce garnement), vendredi matin le début de la formation proposée par l'institut français visant à corriger et examiner le DELF, revoir les anciennes collègues de marine, mes nouveaux collègues assistants, échange et partage des premières impressions, puis delf, delf et redelf...
En fin de journée, l'apéro avec les assistants puis concert de mon amoureux à la soirée d'anniv d'un ami, dans un appart' squatté qui comme d'habitude débordait de monde - bonne musique et bière à 1 euro, assez logique au fond.
La vodka coule à flots chez les français...
... qui se pointent le lendemain matin avec une sacrée gueule de bois. Et c'est reparti pour une demi-journée de delf.
A 13h, ouf, nous sommes libres mais surtout morts de faim et épuisés. La troupe des saxons va grignoter quelque chose en ville, puis chacun regagne ses pénates pour se remettre de la soirée d'hier.

Après avoir vaguement dormi et trainé une mauvaise humeur tenace toute l'aprèm, mon amoureux s'étant exilé à bab-el-oued pour les besoins de son assoc', je décide d'accepter l'invitation à dîner de ses voisins. Repas délicieux et ambiance gemütlich... j'ai bien fait!!
Mais le lendemain, pas question de se tourner les pouces au lit: je pars à 10h30 pour Berlin.
Aaah Berlin... La seule ville où je ressens au bout de trois minutes le besoin pressant d'y passer le reste de mes jours.
Le petit lü m'attend chez lui. On papote, on boit un thé et on décide d'aller au deutsch historisches museum qui propose plusieurs expos intéressantes, dont une de photos sur Berlin des années 90 à nos jours. Complètement fascinant. Dire que j'ai connu la Potsdamer Platz encore vide et que je m'en souviens à peine! Enfin c'est certain que les années 90 ont métamorphosé Berlin à un point difficilement imaginable.
Ceux qui ont vu "les ailes du désir" (der Himmel über Berlin) de Wim Wenders se souviendront de ces images fabuleuses du Berlin des années 80 que l'on aperçoit sous les yeux des deux anges...
Après une balade sur le marché de Noël fraichement ouvert je rejoint le petit lü, déjà aux fourneaux (on peut presque le dire, ce week-end aura d'abord été... gastronomique).
Le 11 novembre en Allemagne on prépare traditionnellement pour la Saint-je-sais-plus-quoi un repas à base d'oie. Personne n'étant dispo le 11, le repas a été décalé, et j'étais donc de la partie. Oie grillée, choux rouge parfumé à la pomme et à la cannelle, knödel et choux de bruxelles... der Hammer!! je ne mange pas typisch deutsch tous les jours, là j'en ai donc bien profité.
Le lendemain je pars me balader dans Kreuzberg, puis dans le centre de Berlin, que je n'avais pas revu depuis avril dernier. Rentrée pour déjeuner, Uwe m'emmène dans un petit resto italien près de chez lui qui fait les meilleurs pâtes du monde. Un délice.
Et au retour, évidemment... l'inévitable séance de photomatons (notez, j'ai appris au petit lü à jouer la caillera. ça lui va comme un gant je trouve)

Il est bientôt l'heure de repartir pour Dresde. J'arrive complètement crevée et me rends compte que j'ai eu un week-end qui ressemblait à tout sauf à un week-end-trankilou-et-reposant...
... et ça continue! A peine arrivée, débarquent deux personnes pour visiter la chambre de mon coloc' qui nous quitte bientôt. Les joies des "WG castings".
Et puis il fallait bien terminer le merlot qui trainait là avec mes coloc'...
Aujourd'hui, à part la rigolote répétition de Cendrillon avec les assistants anglais (je vous raconterai plus tard le pourquoi du comment), la bonne surprise était le retour de ma tutrice à l'école. Et, ô bonheur, elle parle BIEN français. J'ai presque envie de lui parler constamment français, juste pour le plaisir de l'entendre NE PAS faire de fautes.
Je respire!
Donc, comme d'hab lorsque j'ai la flemme d'écrire mais l'envie de raconter, voici en vrac le récit de mon petit périple:
Arrivée jeudi soir à Leipzig avec un amoureux certes absent à la gare mais... présent aux fourneaux (il sait me prendre par les sentiments ce garnement), vendredi matin le début de la formation proposée par l'institut français visant à corriger et examiner le DELF, revoir les anciennes collègues de marine, mes nouveaux collègues assistants, échange et partage des premières impressions, puis delf, delf et redelf...
En fin de journée, l'apéro avec les assistants puis concert de mon amoureux à la soirée d'anniv d'un ami, dans un appart' squatté qui comme d'habitude débordait de monde - bonne musique et bière à 1 euro, assez logique au fond.
La vodka coule à flots chez les français...
... qui se pointent le lendemain matin avec une sacrée gueule de bois. Et c'est reparti pour une demi-journée de delf.
A 13h, ouf, nous sommes libres mais surtout morts de faim et épuisés. La troupe des saxons va grignoter quelque chose en ville, puis chacun regagne ses pénates pour se remettre de la soirée d'hier.
Après avoir vaguement dormi et trainé une mauvaise humeur tenace toute l'aprèm, mon amoureux s'étant exilé à bab-el-oued pour les besoins de son assoc', je décide d'accepter l'invitation à dîner de ses voisins. Repas délicieux et ambiance gemütlich... j'ai bien fait!!
Mais le lendemain, pas question de se tourner les pouces au lit: je pars à 10h30 pour Berlin.
Aaah Berlin... La seule ville où je ressens au bout de trois minutes le besoin pressant d'y passer le reste de mes jours.
Le petit lü m'attend chez lui. On papote, on boit un thé et on décide d'aller au deutsch historisches museum qui propose plusieurs expos intéressantes, dont une de photos sur Berlin des années 90 à nos jours. Complètement fascinant. Dire que j'ai connu la Potsdamer Platz encore vide et que je m'en souviens à peine! Enfin c'est certain que les années 90 ont métamorphosé Berlin à un point difficilement imaginable.
Ceux qui ont vu "les ailes du désir" (der Himmel über Berlin) de Wim Wenders se souviendront de ces images fabuleuses du Berlin des années 80 que l'on aperçoit sous les yeux des deux anges...
Après une balade sur le marché de Noël fraichement ouvert je rejoint le petit lü, déjà aux fourneaux (on peut presque le dire, ce week-end aura d'abord été... gastronomique).
Le 11 novembre en Allemagne on prépare traditionnellement pour la Saint-je-sais-plus-quoi un repas à base d'oie. Personne n'étant dispo le 11, le repas a été décalé, et j'étais donc de la partie. Oie grillée, choux rouge parfumé à la pomme et à la cannelle, knödel et choux de bruxelles... der Hammer!! je ne mange pas typisch deutsch tous les jours, là j'en ai donc bien profité.
Le lendemain je pars me balader dans Kreuzberg, puis dans le centre de Berlin, que je n'avais pas revu depuis avril dernier. Rentrée pour déjeuner, Uwe m'emmène dans un petit resto italien près de chez lui qui fait les meilleurs pâtes du monde. Un délice.
Et au retour, évidemment... l'inévitable séance de photomatons (notez, j'ai appris au petit lü à jouer la caillera. ça lui va comme un gant je trouve)

Il est bientôt l'heure de repartir pour Dresde. J'arrive complètement crevée et me rends compte que j'ai eu un week-end qui ressemblait à tout sauf à un week-end-trankilou-et-reposant...
... et ça continue! A peine arrivée, débarquent deux personnes pour visiter la chambre de mon coloc' qui nous quitte bientôt. Les joies des "WG castings".
Et puis il fallait bien terminer le merlot qui trainait là avec mes coloc'...
Aujourd'hui, à part la rigolote répétition de Cendrillon avec les assistants anglais (je vous raconterai plus tard le pourquoi du comment), la bonne surprise était le retour de ma tutrice à l'école. Et, ô bonheur, elle parle BIEN français. J'ai presque envie de lui parler constamment français, juste pour le plaisir de l'entendre NE PAS faire de fautes.
Je respire!
24 novembre 2007
einfach ein Gruß
Pas trouvé de temps ni de vraie occasion de rédiger un post ces derniers temps. Pourtant il s´est passé plein de choses, certaines ordinaires, d´autres un peu moins - mais comme on dit dans la langue de Goethe (les K. reconnaitront la private joke), ich komme einfach nicht dazu.
J´envoie donc simplement des Grüße à ceux qui passeront par là. Grüße en provenance de Leipzig, puis de Berlin où je serai demain - car toute personne bien informée le sait, il faut etre fou pour décliner une invitation à diner du petit lü...
Des vraies nouvelles arriveront dès lundi, lors de mon retour à Dresde.
Bis dahin!
J´envoie donc simplement des Grüße à ceux qui passeront par là. Grüße en provenance de Leipzig, puis de Berlin où je serai demain - car toute personne bien informée le sait, il faut etre fou pour décliner une invitation à diner du petit lü...
Des vraies nouvelles arriveront dès lundi, lors de mon retour à Dresde.
Bis dahin!
15 novembre 2007
Ouf.
Il était temps.
Je suis ENFIN étudiante officielle de la TU Dresden - ce qui signifie avant tout que je bénéficie des transports gratuits jusqu'à la frontière tchèque. Adieu les journées à 7 euros pour aller bosser, la fraude dans le tram et la parano à chaque fois que deux types un peu baraqués montaient dans ma rame...
Signe ou pas signe? Au bout de ma première heure "en règle"... j'ai été contrôlée.
Ma carte d'étudiante étant moins glamour que celle de Leipzig, je ne vous gonflerai pas avec à mon retour à Noël - vous êtes déçus, je le sens. Je ferai peut-être un effort, si vous insistez...
Le second ouf c'est mon salaire, qui m'a enfin été versé. Jamais je n'ai été aussi euphorique en voyant l'état de mon compte - ne croyez pas que cela soit dû au montant, il ne dépasse pas trois chiffres. C'est simplement que je vais pouvoir retourner au cinéma, manger un peu moins de pâtes et payer des coups à tous les gens qui m'en payent depuis deux mois.
(et éventuellement m'abonner au "Zeit", m'acheter des bottes, dévaliser tous les magasins de la Pragerstr., inviter les assistants à manger, aller passer quelques jours à Leipzig, Berlin, Prague, Cracovie, Paris, l'Europe et pourquoi pas le monde entier, hein, après tout...)
NB: deux nouveaux venus dans les liens: le blog de Louise, assistante à Bielefeld (ville de Dr Oetker ou ville qui n'existe pas, c'est selon les légendes) , et celui d'Albine, assistante à Leipzig et cuisinière à ses heures perdues- plein de recettes terribles à chiper sur son blog...
Je suis ENFIN étudiante officielle de la TU Dresden - ce qui signifie avant tout que je bénéficie des transports gratuits jusqu'à la frontière tchèque. Adieu les journées à 7 euros pour aller bosser, la fraude dans le tram et la parano à chaque fois que deux types un peu baraqués montaient dans ma rame...
Signe ou pas signe? Au bout de ma première heure "en règle"... j'ai été contrôlée.
Ma carte d'étudiante étant moins glamour que celle de Leipzig, je ne vous gonflerai pas avec à mon retour à Noël - vous êtes déçus, je le sens. Je ferai peut-être un effort, si vous insistez...
Le second ouf c'est mon salaire, qui m'a enfin été versé. Jamais je n'ai été aussi euphorique en voyant l'état de mon compte - ne croyez pas que cela soit dû au montant, il ne dépasse pas trois chiffres. C'est simplement que je vais pouvoir retourner au cinéma, manger un peu moins de pâtes et payer des coups à tous les gens qui m'en payent depuis deux mois.
(et éventuellement m'abonner au "Zeit", m'acheter des bottes, dévaliser tous les magasins de la Pragerstr., inviter les assistants à manger, aller passer quelques jours à Leipzig, Berlin, Prague, Cracovie, Paris, l'Europe et pourquoi pas le monde entier, hein, après tout...)
NB: deux nouveaux venus dans les liens: le blog de Louise, assistante à Bielefeld (ville de Dr Oetker ou ville qui n'existe pas, c'est selon les légendes) , et celui d'Albine, assistante à Leipzig et cuisinière à ses heures perdues- plein de recettes terribles à chiper sur son blog...
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