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14 mars 2008

Vert pâle.

Marianne Tritz n'a pas froid aux yeux. Ancienne députée des Verts allemands, elle s'est fait connaître pour son combat contre l'installation d'un centre de stockage de déchets nucléaires dans sa circonscription. Les Verts, eux, ont été les précurseurs de la loi anti-tabac qui s'étend partout en Allemagne - même si en ce moment elle tend à être assouplie, notamment en Bavière (si si) pour laisser les visiteurs de la fête de la bière se goudronner tranquillement les poumons.

Or Marianne Tritz a démissionné de son poste de députée pour accepter une place... dans l'industrie du tabac. Madame est désormais lobbyiste, et ne voit dans cette histoire "aucune contradiction" (sic - sueddeutsche.de). L'argent n'est pour elle "absolument pas" un critère déterminant.



N'ayant jamais réellement approuvé la loi anti-tabac, selon elle "exagérée", elle émet le souhait de trouver une autre solution pour satisfaire fumeurs et non-fumeurs, sans que personne ne soit stigmatisé.
En attendant elle se réjouit de pouvoir organiser un "dialogue de société" entre les gros groupes de l'industrie du tabac et le monde politique, qu'elle connait bien.
Sacrée Marianne!

22 janvier 2008

Le jour le plus long

Aujourd'hui, la France et l'Allemagne fêtent la 5ème journée franco-allemande. Créée par Chirac et Schröder à l'occasion des 40 ans du Traité de l'Elysée, elle est sensée faire parler du pays voisin, de sa langue et de sa culture, et promouvoir les institutions franco-allemandes. Baignant de plus en plus dans le monde franco-allemand, j'ai cette année participé plein pot à cette longue, très longue journée.
Qui a commencé ce matin à 7h à l'école, pour préparer avec les élèves de 12ème une vente de spécialités françaises - crèpes, mousse au chocolat, gâteaux... Le tout accompagné de nappes et serviettes bleues blanches et rouges, sur un air d'accordéon. Un succès! Mais surtout un gros boulot...


Les héroïnes du jour, mes deux collègues prof de français: à gauche Katrin, à droite ma tutrice Annett.

... et les 12ème en plein travail.

La dernière heure de cours enfin terminée, je file direction l'institut français à Dresde. A 16h a lieu le vernissage de l'expo France-Saxe, préparée par des étudiants en français de la fac de Dresde. Une partie de l'expo était consacrée aux francophones vivant en Saxe, et, la communauté française n'étant pas grande, j'avais été contactée avant Noël par une étudiante pour une petite interview concernant l'expo. L'entretien s'était super bien passé et m'a permis de sympathiser avec Carola, l'étudiante en question. Elle m'avait donc logiquement invitée au vernissage, qui accueillait en gros toute la communauté franco-allemande de Dresde. Le moyen de revoir des visages un peu perdus de vue, et d'en rencontrer des nouveaux.

Le résultat de l'interview, que l'on pouvait aussi écouter...


En tout cas une super initiative, venant de deux profs de la fac de Dresde qui en ont eu assez des blablas et des propositions en l'air balancées chaque année depuis cinq ans à l'occasion. Ils ont eu envie de développer un vrai projet concret avec les étudiants... qui en ont bien bavé je crois, mais qui au final avaient l'air ravis du résultat. L'institut était plein à craquer et l'ambiance très sympa... chapeau Carola et les autres!

Enfin, dernier évènement sympa de la journée, l'édition spéciale de rencontres.de - notamment un extrait très drôle des meilleures bourdes commises en allemand ou en français par les membres de la rédaction... Vous voulez connaître la mienne?
Alors bonne lecture!

18 janvier 2008

Mach kein Fisimatenten!

Je viens de lire sur spiegelonline que les Instituts Goethe ont décidé de lancer un concours des meilleurs mots étrangers germanisés. Visiblement c'est la mode en ce moment de s'intéresser aux dérivations de la langue allemande (cf le prix de Duden décerné au pire mot allemand de l'année)... Et le Spiegel en a trouvé un que j'adore: l'expression "fisimatenten". Ca ne vous dit rien, et c'est normal.


Pourtant ce mot a une histoire assez marrante: lorsque ce cher petit Napoléon s'est mis en tête de conquérir l'Europe, il n'était pas tout seul: une armée de français était là pour combattre à ses côtés. Arrivés en Allemagne, beaucoup de soldats ressentirent le besoin d'assouvir quelques pulsions, leurs femmes étant bien loin d'eux. Les jeunes filles leipzigoises étaient donc pour eux une proie rêvée, que les soldats attiraient en leur proposant de "visiter ma tente". Les jeunes filles honteuses rentraient à la maison et se faisaient gronder par leurs mères, qui leur répétaient ensuite "Mach keine Fisimatenten!", en gros "ne fais pas de bétises!".

Voilà comment "visiter ma tente" est devenu "Fisimatenten": faire une grosse bétise...

10 janvier 2008

Raclure Télévisuelle Lamentable

Tout a commencé il y a quelques semaines, dans le métro de Munich. Deux jeunes fument dans un wagon, un retraité leur demande d'éteindre leur cigarette. (Désolée, la version du lecteur mp3 est celle d'un fait divers du même genre qui a eu lieu récemment en Allemagne). Les deux jeunes refusent d'obéir, deviennent agressifs et tabassent le vieil homme.
Scandale en Allemagne, la vidéo de la scène passe en boucle sur toutes les chaines de télévision, le débat sur la criminalité des jeunes remonte tout de suite à la surface.
Roland Koch, ministre conservateur de Hesse (Land de Francfort sur le Main), en profite pour rappeler aux médias son idée d'enfermer les jeunes délinquants dans des camps "à la dure" - mais si vous savez, ceux qu'on voit une fois par semaine dans "envoyé spécial" ou "zone interdite", avec ces gamins dont on prétend que la discipline militaire les réconciliera avec la vie.
Et Koch d'ajouter la petite phrase de trop: "nous avons trop de délinquants étrangers".
Car les deux jeunes criminels sont turc et grec.

Une semaine plus tard je tombe sur un reportage de RTL sur le sujet. Et là, j'hallucine complètement. Deux fois de suite, il est clairement affirmé que les "adolescents issus de familles immigrées sont trois fois plus criminels que les adolescents allemands". Et vas-y que pour me la jouer journaliste consciencieux je balance des chiffres, mais surtout - et c'est le meilleur - un criminologue, sorti d'on ne sait où, qui appuie fermement ces propos, reprenant les chiffres et étayant la thèse.
Il nous est ensuite montré un exemple de camp comme il en existe déjà. Les trois jeunes ex-délinquants interviewés sont tous d'origine étrangère, alors que l'on aperçoit des allemands derrière eux. Ils ont tous les trois les gueules cassées de ces jeunes qui ont connu la rue bien trop tôt. Ils ont du mal à s'exprimer; la caméra s'attarde sur leurs défauts physiques. Le contenu de leur discours ne compte plus.

Après l'aimable visionnage de ce camp sinistre, comme si ça ne suffisait pas, les journalistes en remettent une couche. Mêmes chiffres, même tartignole en guise de criminologue: la même affirmation est balancée une seconde fois en toute gratuité: les jeunes issus de familles immigrées posent trois fois plus de problèmes que les jeunes allemands.

Les chiffres sont certainement vrais. Mais pourquoi enfoncer si bêtement le bouchon, sans même se demander une seconde comment ces jeunes ont pu en arriver là? Se demande-t-on peut-être si ces jeunes, dès le départ, ont eu les mêmes chances que les jeunes allemands? Rien de cela.
Au lieu de ça, un constat froid est jeté une fois, puis deux. Là-dessus, un visage grave de la présentatrice, une bonne page de pub et hop, les consciences sont fraichement imprégnées. Une aubaine pour certains partis, à l'heure où la Hesse et la Basse-Saxe sont en pleine campagne électorale pour élire leurs parlements.

Bravo, RTL. En cinq minutes vous avez réussi à donner un joli pourcentage au parti national allemand. Et à me faire zapper définitivement.

19 décembre 2007

Travaux à Dresde et Leipzig: un pont, un tunnel et surtout... un gros bordel

Dimanche à Leipzig, un ami ingénieur de Florian nous a fait visiter un morceau du tunnel, sous la place du marché, en plein centre. Pour ceux qui ne seraient pas au courant: Leipzig va avoir un métro. Son plan géographique, je ne le connais pas, mais je sais que le centre piéton, jusqu'ici pas desservi par les trams (ils circulent autour du centre, sur le "Ring"), sera désormais complètement accessible grâce au u-bahn, qui a pour but de désengorger la circulation automobile.
Ce tunnel coûte un fric absolument monstrueux, et nombreux sont ceux qui doutent de son utilité. J'en fais partie: le réseau de tram est excellent à Leipzig, et le centre est facilement accessible à pieds sauf depuis le début des travaux, sérieusement enquiquinant pour les piétons. Et visiblement une seule ligne de u-bahn est prévue... or elle devrait être terminée seulement en 2009.
L'autre question pour l'instant sans réponse, c'est de savoir si les ICE - les TGV allemands - circuleront également dans le tunnel. C'était l'argument numéro un pour la construction du tunnel grâce au gain de temps sur certains trajets, mais visiblement cela n'est pas si évident que ça. Et pour l'instant, l'affaire est qualifiée d'un gros point d'interrogation.

En tout cas j'étais curieuse de voir à quoi cela ressemblait dans les entrailles de la ville. Je n'ai pas regretté, c'était bluffant.

La gentille machine qui perce le tunnel. Autant vous dire qu'on se sent petit à côté.


Un tunnel à Dresde, voilà ce que réclament à corps et à cris les ennemis du Waldschlösschenbrücke, le pont sur l'Elbe qui va être construit près de chez moi. Un pont sensé lui aussi désengorger la circulation. Mais il sème la discorde, car la circulation automobile va sans doute chasser définitivement une espèce très rare de chauve-souris établie dans le coin. L'argument principal c'est aussi que la construction du pont va faire perdre à Dresde son statut de patrimoine mondial de l'UNESCO. Est-ce que ce statut rapporte de l'argent à la ville? C'est une question à laquelle j'ai eu toutes les réponses imaginables - donc aucune.
Je ne sais pas trop quoi en penser. J'ai vu des images du futur pont et c'est clair qu'il n'embellira pas le quartier, qui est lui très joli- situé sur les hauteurs de Dresde avec vue imprenable sur l'Elbe.
Les acharnés tentent comme ils peuvent d'arrêter la construction du pont, entre occupation du site et flyers "Ja zum Tunnel". Peine perdue, puisque les travaux ont commencé il y a quelques semaines.

Un pont, un tunnel, deux projets décriés et dont l'utilité n'est pas flagrante. Que se passe-t-il en Saxe? Concurrence face à l'ouest, manque d'humilité? Ou bien ces projets ont-ils une vraie valeur? Voici les questions qui animent les débats locaux- questions auxquelles on peine à trouver une vraie réponse...

08 décembre 2007

Curieuse semaine que celle qui vient de s'écouler. Tombée malade mardi, j'ai donc été dispensée d'aller travailler mercredi et jeudi. Peu à peu mes cordes vocales se font la belle, et le concert du choeur se rapproche. Ce qui m'agace dans tout ça c'est que j'ai été incapable de faire de mon temps libre quelque chose de constructif. Parce que quand on est malade, on reste au lit, point à la ligne.

Alors, je lis. Les journaux, toujours - et puis je m'acharne sur ce livre étrange qui me suit depuis des semaines sans que j'arrive à le terminer: "die Legende vom Glück ohne Ende", de Ulrich Plenzdorf, citoyen d'ex-DDR et également auteur des "Nouvelles souffrances du jeune Werther". Ce livre a été adapté au cinéma dans les années 80 sous le nom "die Legende von Paul und Paula", je l'avais vu avec ma coloc Tabea lorsqu'elle préparait un exposé sur les Heimatfilme.

Le film nous avait déjà semblé étrange, très daté. Le livre est spécial lui aussi.

Il s'agit de l'histoire d'amour tumultueuse de Paul et Paula, qui se joue dans le Singer, une sorte de cité de Prenzlauerberg à Berlin, à l'époque où le quartier était encore un vrai quartier ouvrier.
Paul et Paula se connaissent depuis l'enfance mais se "loupent" au moment clé de l'adolescence, Paul étant parti étudier en Russie. Chacun se marie et fonde une famille, mais peu à peu l'attirance entre les deux se fait sentir...
Le récit de cette "histoire de bonheur sans fin" est mené par un habitant du Singer, proche des protagonistes, mais dont on ne connait pas le nom. Paul et Paula interviennent rétrospectivement dans le récit pour le ponctuer de petits commentaires confiés au narrateur, qui les insère directement. Le style est simple, les phrases courtes.
Les traces d'une mentalité très DDR sont visibles mais je n'irai pas jusqu'à dire qu'elles sont criantes. Mais l'habitat collectif, le fait que le Singer soit au courant de tous les détails de l'histoire, que chaque étape soit vécue collectivement, que Paul et Paula soient - du moins quand ils sont en forme - des travailleurs exemplaires, tout ça peut être vu comme "preuve de".
Une sorte de conte de fées à la sauce DDR, donc.

Est-ce que le conte en question a droit à une happy end, je ne le sais pas encore. En tout cas, malgré le style très simple, je trouve ce livre sec, voire âpre - quasiment d'un autre temps, et donc pas si facile ni forcément très agréable...
Mais si vous avez l'occasion de voir le film, il reste intéressant - tout comme le livre. Les deux sont très connus en Allemagne et font partie de ces oeuvres embarquées dans la réunification, reconnues à leur juste valeur...

05 octobre 2007

Streik!

Le miracle a donc eu lieu: les cheminots allemands se sont arrêtés de travailler ce matin, de 8h à 11h. Pas grand chose, me direz-vous, et pourtant cette grève est symboliquement assez forte.
Déjà, parce que la grève est un mouvement moins commun en Allemagne qu'en France; il existe en Allemagne un système de concertation entre syndicats et entreprises très soutenu, fait pour éviter la grève par tous les moyens. Il faut dire que les gros syndicats - Ver.Di, DGB etc - ont aussi des revendications assez modérées et travaillent beaucoup en coopération avec les entreprises.
Pas de relation frontales comme on peut en avoir en France: la culture syndicale ici est très différente.

Or cette grève a été déclenchée par un tout petit syndicat de cheminots, la GDL, qui a des revendications beaucoup plus fortes que ses grands frères (35% d'augmentation de salaire), et qui les revendique de façon plus agressive.


Ce qui se passe aujourd'hui aurait en fait dû se passer il y a quelques semaines, fin juillet. La GDL a annoncé une grève de minimum 48h et qui promettait un véritable chaos dans tout le pays. Chaos tel que l'équivalent allemand du tribunal des prudhommes a interdit la grève, sous prétexte qu'elle entrainerait des dommages économiques trop importants pour le pays.
Un comble quand on sait que le but d'une grève est entre autres de créer une pression sur l'économie du pays.
La grève d'aujourd'hui a donc été très limitée dans le temps, mais elle a fini par avoir lieu - un symbole important.
Reste à savoir si les cheminots vont trouver une réponse à leurs revendications...

28 septembre 2007

Nathalie et moi

Tout a commencé la semaine dernière, au Mc Cormac Ballrooms de Leipzig. Au moment ou je quittais le bar, j´ai été apostrophée par un type légèrement imbibé, qui s´est mis a beugler: "Du siehst totaaaaal wie Nathalie Licard aaaauuuus" (traduction envisageable: "truc de oouuuuuf tu ressembles troooooop a Nathalie Licard").
Première pensée: de qui parle-t-il?

Et soudain...

Premier flashback: Dietmar, ami d´Uwe, début mai, a mon retour en Allemagne, qui me regarde avec un sourire en coin en me disant "tiens c´est drole, avec tes nouvelles lunettes tu ressembles un peu à la francaise qui bosse dans l´émission d´Harald Schmidt".
Réaction à l´époque: ah... heu... elle est jolie au moins?
Puis j´ai vite oublié l´affaire.

Second flashback: première soirée à Dresde, un ami de mes coloc passe dire bonjour. On parle des clichés franco-allemands, et soudain je le sens qui me fixe d´un air bizarre. Il finit par me dire "Je dois avouer que tu remplis vraiment le cliché de la francaise par excellence (en francais dans le texte)... d´ailleurs c´est drole, tu me fais penser a cette francaise qui bosse chez Harald Schmidt... Nathalie Licard..."

Son nom est désormais prononcé, et s´infiltre dans mon cerveau. Mais qui est cette Nathalie?? C´est devenu LA question obsédante. Si bien que lorsque l´autre imbibé s´est mis a beugler la phrase citée plus haut, je me suis dit ok, cette fois il faut que je sache qui est cette femme, ce qu´elle fait et surtout à quoi elle ressemble...


Nathalie Licard a la quarantaine, vient de Dax, a rencontré un allemand il y a une dizaine d´années et l´a suivi en Allemagne. Elle a commencé comme stagiaire dans l´émission d´Harald Schmidt - la version allemande du Jerry Springer show-, y a fait son trou et a fini par y jouer un role, celui de la petite francaise parlant un allemand matiné d´un accent francais à couper au couteau... Seulement au bout de 10 ans passés en Allemagne on finit par le perdre, cet accent. Or cette chère Nathalie schpricht immeur mit ayneum sehr starkeun akkzzennte.
Autant dire que son role de petite francaise à l´accent soutenu lui a attiré une certaine popularité, donc pas question de s´en séparer...

... Voila pourquoi Nathalie m´agace un peu, en ce moment... surtout qu´on se ressemble autant que deux chaussettes dépareillées... tsss...

14 septembre 2007

Une ville en chantier

Pour répondre à So qui me demande où en sont les travaux, voici quelques photos prises en passant hier.
Pour ceux qui ne seraient pas au courant: pour le tri-centenaire de sa création, la fac de Leipzig fait peau neuve. Cela implique encore 8 mois de travaux qui ont commencé en janvier dernier, un chantier gigantesque et impressionnant en plein centre ville.
Très honnêtement, les images du futur campus ne m'enthousiasment pas, mais mieux vaut attendre de voir à quoi ça ressemblera en 2009...
En tout cas c'est assez passionnant de voir à quelle vitesse la ville se métamorphose. Entre le nouveau campus et le city-tunnel, la ville se transforme en un chantier géant.
Qui fait râler les uns et qui fascine les autres.



(Pour So: le Coffee culture est toujours à sa place. Quant aux cours, ils ont été éparpillés un peu partout dans la ville, entre le bâtiment principal provisoire à Brühl près de la gare, la Frauenklinik, le städtisches Kaufhaus, le Sportforum etc. Un sacré boxon, mais on s'y fait très vite sans problème...)

10 septembre 2007

Juli Zeh

C'est pour moi l'heureuse surprise littéraire de l'été. Juli Zeh (prononcer youli tsé), 27 ans, avocate vivant à Leipzig, compte parmi les jeunes écrivains allemands qui captent l'attention depuis déjà quelques années.


J'ai pour ma part commencé avec Spieltrieb (en français: La fille sans qualité). Un roman mettant en scène la rencontre entre Ada, adolescente précoce, froide et asociale, et Alev, un garçon arrogant, prétentieux et lui aussi d'une rare intelligence. Ces deux ados à l'écart échouent dans un "lycée de la dernière chance", sous les yeux de leur professeur d'allemand. Celui-ci va devenir malgré lui la proie de ces deux ados revendiquant un héritage nihiliste - dénué de toute morale ou de valeur, et voyant la vie comme un jeu perfide dont ils maitrisent les règles.

Un roman absolument génial. D'abord parce qu'il est extrêmement bien écrit. L'écriture est froide, précise, sèche et diablement efficace: elle s'adapte parfaitement aux protagonistes qu'elle met en scène, et accentue la tension dramatique.
Ensuite parce que loin d'être un simple roman sur deux ados, ce livre est aussi une réflexion sur le droit, le nihilisme, la violence physique et psychologique, le jeu, bref: ce qui réunit Ada et Alev, et ce qui nourrit leurs conversations.
Enfin parce que le roman est parfaitement construit, l'action parfaitement déroulée. On tremble jusqu'au bout comme dans un bon polar, mais au contraire d'un bon polar on ne peut s'en défaire immédiatement, parce que c'est un roman bouleversant et d'une grande intelligence.

Assez retournée par ce premier essai, j'en ai trouvé un autre très différent, mais remarquable lui aussi: Die Stille ist ein Geräusch - eine Fahrt durch Bosnien (en français: Un silence assourdissant).


Ce livre raconte le voyage de Juli Zeh et de son chien en Bosnie, pendant un mois. Elle y part pour essayer de trouver des réponses à des questions simples: pourquoi la guerre a-t-elle éclaté, et que s'est-il passé depuis? A travers le récit de son voyage, on découvre une population totalement bouleversée par l'épuration ethnique, mais aussi un pays livré à lui-même, devenu invisible et inexistant pour la communauté internationale.
Un récit très personnel, parsemé de réflexions et de remarques accumulées durant le voyage, tantôt sérieuses et documentées, tantôt fantaisistes et loufoques. Elle parle d'un pays sublime encore truffé de mines, elle raconte les stratégies pour faire monter son chien clandestinement dans les bus bosniaques, évoque le voyage et ce besoin viscéral d'aller toujours plus loin...

Voici l'intro, que je trouve très réussie. Viel Spass pour ceux qui parlent allemand...

" Der Hund guckt vom draussen druch die Glastür, die Nase dicht an der Scheibe. Wenn er Daumen hätte, würde er sie drücken. Dafür, dass es jemandem hier gelingt, mir die Idee auszureden.
Die Frau im Reisebüro teilt seine Auffassung. "Was wollen Sie dort? Da ist doch Krieg!"
Gewesen. Ich verzichte auf Richtigstellung und starre auf die Landkarte vor mir, die ich nur zu sehen bekomme, weil ich "Recherche" statt "Tourismus" sage. Einige nicht sehr grosse Länder liegen unordentlich nebeneinander, ein paar Namen von Städten und Flüssen kenne ich aus dem Zwanzig-Uhr-Nachrichten. Im Herzen des Finsternis lieht ein weisser Fleck, in dem geschrieben steht: "Dieses Land eignet sich nicht für touristische Reisen." Das ist Bosnien-Herzegowina.
Pascal hat mal gesagt, alles Unheil auf der Welt komme daher, dass der Mensch nicht ruhig zu Hause auf seinem Hintern sitzen kann.
Der Hund guckt noch immer so. Ich beschliesse, ihm wegen Illoyalität das Abendessen zu kürzen."

31 juillet 2007

JF, 21, étu., ch. WG a DD - ou les joies des WG-marathon

Fin du semestre oblige, il est venu le doux temps des recherches d'appartements, de chambre ou d'un repreneur pour celle qu'on s'apprête à quitter.
Qu'on se le dise: la situation à l'est de l'Allemagne est plutôt favorable aux étudiants, particulièrement à Leipzig où 20% des immeubles sont encore vides. C'est simple: il y a un choix dément pour des prix très attrayants. Je lutte un peu pour refiler ma chambre, dont le prix n'est pas au plus bas. Mais les visiteurs commencent à affluer, et je ne perds pas espoir.

En parallèle je suis moi-même visiteuse d'appart' à Dresde. Contrairement aux étudiants de Leipzig, qui vivent éparpillés autour du centre, ceux de Dresde s'entassent pour la plupart dans la Neustadt.
La Neustadt c'est un peu la Südvorstadt de Leipzig, en plus charmante.

(Heu, je m'explique: c'est le quartier étudiant, un peu bordélique, coloré, vivant et animé de la ville. Sauf qu'à Dresde tout ne se passe pas autour d'une grosse artère comme à Leipzig; on a donc l'impression de déambuler dans une petite ville-dans-la-ville vraiment jolie)

Et donc, quand j'ai appris que j'allais pouvoir habiter Dresde, tout le monde sans exception m'a conseillé de chercher une WG dans la Neustadt. Soit.
Ainsi a commencé samedi dernier mon WG-marathon.
Certaines pages web allemandes permettent de lire des annonces et de contacter directement les gens. On prend donc rdv par téléphone, et en voiture Simone.

A peine fait le premier pas dans l'appartement, vous sentez braquées sur vous une à cinq paires d'yeux qui vous toisent de haut en bas, sans en avoir l'air. On vous met à l'aise, on vous propose à boire. Vous acceptez le verre d'eau dans le gobelet en plastique, le café turc brulant auquel vous faites semblant de toucher - et rien que faire semblant ça vous carbonise déjà la gorge, la tasse de thé trop infusé... et tout cela vous donne une bonne possibilité d'examiner la salle de bains en détail, assis sur les WC, en faisant un premier bilan.

J'avais trois rendez-vous samedi dernier.
La première WG était bien trop petite, et malgré les sarcasmes de certains (se reconnaîtra-t-il?!), il est clair pour moi que quand on vit à quatre, on a besoin d'une cuisine plus grande qu'un couloir, et d'une salle de bain avec si-possible un autre éclairage qu'une lampe de bureau.
Bilan: le balcon a beau proposer une vue sympa, trop petit c'est trop petit. Schluss damit.

Tout s'est compliqué lors de la deuxième visite.
Deux garçons complètement différents l'un de l'autre m'accueillent et me font visiter. La chambre est mal décorée mais ça n'est pas bien grave - le vrai problème: elle donne sur une grosse artère bruyante. Je ne sais pas trop quoi dire. Les garçons m'entrainent dans le reste de l'appart', s'assoient dans la cuisine, on parle. Et là s'enchainent vannes, anecdotes de voyage et récits en tous genres... tout se fait spontanément, si bien que j'oublie qu'il y a une troisième coloc' que je n'ai pas encore vue. Mais si elle s'entend avec les garçons, je suis optimiste.
Bilan: la chambre est moyenne, l'appart' est correct et les coloc'... mortels.

J'enchaîne sur mon dernier RDV.
Quatre filles vivent dans cet appartement, seules deux sont présentes - dont celle qui déménage. Celle-ci, forte tête, parle bien et beaucoup. L'autre, avec qui je pourrais potentiellement vivre, ne dit rien. Les deux autres sont en vacances ou en voyage - "mais je suis sûre que vous vous entendrez bien". Mouais.
L'appart' est bien aménagé. La cuisine est absolument géniale - peinte dans tous les verts possibles et imaginables, vieux fauteuils de cinéma en guise de chaises, briques rouges apparentes à certains endroits. La chambre est grande, calme et "livrée" meublée.
Bilan: la chambre est bien, l'appart' est super et les coloc'... heu, quels coloc'? Plus ou moins inexistantes, elles présentent l'inconvénient de n'être QUE des filles (même le chat est une chatte, c'est dire).
Ce deuxième semestre m'a passé l'envie de coloc' 100% féminines. J'ai besoin de mélange et d'un peu plus de testostérone.

Les filles me disent ok tout de suite. Aujourd'hui les garçons m'ont appelée pour me dire qu'ils m'accueilleraient aussi volontiers chez eux.
Purée, je fais quoi moi?!
...

Après avoir consulté la terre entière et entendu des commentaires instructifs du genre "au final c'est quand même à toi que revient la décision" (non, sérieux?), j'ai constaté qu'il n'y a pas moyen de trancher.
Je reprends donc mon téléphone, reprends des rdv et repars demain pour Dresde. Entre deux visites je vais repasser chez les garçons pour revoir la chambre une dernière fois. Après tout, ma chambre à Paris n'était pas un modèle de calme et je m'y suis faite très vite.
Wer weiss...
(Forsetzung folgt)

26 mai 2007

J'ai testé pour vous... la piscine en plein air

J'ai eu aujourd'hui l'occasion de tester la nouvelle piscine en plein air qui a ouvert tout près de chez moi. En arrivant, j'avais déjà les premiers mots de mon post en tête.
Aaaah les joies de la piscine en plein air, un samedi après-midi, pendant les vacances (mais qu'est-ce qui m'a pris?!). Tout ça c'est de la faute de Benoît (si si, tout à fait), c'est en en parlant avec lui que j'ai eu subitement envie d'aller nager. Et puis, il fait si chaud...

Donc me voilà arrivée devant deux bassins et une grande pelouse grouillants de leipzigois, petits et grands. "Oh Mann", pensai-je, "mais comment je vais pouvoir enchaîner deux brasses dans un tel boxon?".
Tant pis, j'y suis j'y reste. Pas question de rebrousser chemin. Au contraire, c'est aussi le moyen d'observer les gens, chose que j'adore faire quand je suis seule - au point de devenir complètement indiscrète en lançant mes regards de taupe au premier venu (vous avez le droit de confirmer).
Je pose mes affaires et file vers le bassin où, officiellement, on peut nager.
Ha ha.
C'est en entrant dans l'eau que je réalise que je vais avoir 21 ans.
Pourquoi?
Parce que la moyenne d'âge dans le bassin était de 10 ans. Ca criait et ça sautait partout, et "ça" empéchait surtout la (presque) vieille Ariane (aigrie) de nager tranquillement.
Cette Ariane, donc, au moment où un garçon de 10 ans lui lance un regard effronté avant de lui montrer fièrement les superbes plats qu'il fait en sautant dans l'eau, pense pendant un quart de seconde à lui faire passer toute envie de remonter à la surface.
Et là...
"Mensch", pense-je, "serais-je devenue vieille et ignoble au point de ne pas comprendre qu'à 10 ans on va aussi à la piscine pour s'amuser, barboter, éclabousser et se marrer un peu?".
Bon, soit. Le garçon remonte à la surface et repart montrer fièrement à la foule sa façon d'arroser toutes les pelouses de la ville rien qu'en sautant dans l'eau...

Deux longueurs plus tard, je redécouvre une autre espèce que j'avais oubliée: le préado. Souvenez-vous: les garçons boutonneux, voix à peines graves, enchaînent les plongeons ratés pour impressionner des petites nanas gloussant à tout va, assises au bord du bassin. Là aussi ça crie pas mal, ça parle fort. Il s'agit de montrer qu'on est une bande de potes super cool.
Mes envies de meurtre reviennent. Et puis même refrain: j'en ai fait partie, moi aussi, de ces fillettes en bikini. Le printemps c'est la saison idéale pour se rapprocher de ces bêtes étranges que sont les garçons.
Reprend-toi, Ariane!

Rassurez-vous, je suis repartie de la piscine comme j'y étais rentrée: les mains et la conscience propre.
Mais un léger soupçon s'est emparé de moi.
Aurais-je vieilli?

24 mai 2007

Full Metal Village

Un documentaire vu hier soir. Une réalisatrice coréenne est allée observer l'arrivée d'un festival de métal dans un petit village, au fin fond du Schleswig-Holstein.
Un film dans la lignée des reportages de strip-tease: bien filmé, très drôle et forcément féroce, voire cruel.
Hier soir, la salle était comble et pliée de rire...
Voilà la bande-annonce (sous-titrée en anglais, pour ceux qui ne parlent pas allemand).
A ne pas louper!


01 mai 2007

Haste mal 'ne Grillwurst?

http://www.rtl.de/news/rtl_aktuell_videoplayer.php?article=9359

Voilà le lien vers la vidéo du traquenard dont nous avons été l'objet samedi (nous sommes le dernier groupe)
Conclusion : j'ai l'air complètement stupide, mais bon, c'était plutôt drôle comme situation...

Enjoy!

24 janvier 2007

La journée franco-allemande ** der Deutsch-Französische Tag


Ah zut, j'ai oublié de vous parler de la journée franco-allemande qui a eu lieu le 22 janvier 2007.

Histoire de rattraper tout ça et parce que je me vois mal commencer maintenant un long compte-rendu, voici un lien vers un article de "rencontres", le journal en ligne franco-allemand (cf rubrique des liens), qui fait un état des lieux de cette action annuelle.
L'article est en français, mais la version allemande est disponible sur le site, lui-même bilingue - s'il y a des germanophones qui passent par ici (?) et que cela intéresse.

Pour qui, par qui, pourquoi et comment a-t-elle été créée...

Vous trouverez tout ici:

http://www.rencontres.de/RegardsCroises.194.0.html?&L=2#7894

Viel Spass!

23 janvier 2007

Tête de turc

Le froid qui s'abat sur l'Allemagne est propice aux longues après-midi de lecture...

Je suis en train de lire "Ganz unten" de Gunther Wallraff - "Tête de turc" en français. L'histoire vraie d'un journaliste allemand qui s'est mis pendant les années 80 dans la peau d'un turc, Ali, à l'aide de déguisement, postiche et fausse moustache.
Pendant plus de trois ans, Wallraff/Ali a travaillé illégalement pour une entreprise de construction, a filmé et photographié secrètement les conditions de travail inhumaines, raconté les réflexions racistes quotidiennes, les brimades voire les coups lorsque le travail ne va pas assez vite - le quotidien de centaines de milliers d'immigrés venus tenter leur chance en Allemagne.



Ce livre est effrayant, mais absolument incontournable. Traduit dans plus de trente langues, il a provoqué un scandale énorme à sa sortie. L'Allemagne n'en ressort pas grandie, mais on comprend vite que cette histoire aurait pu se passer dans n'importe quel grand pays européen.
Seulement c'est un journaliste allemand qui a eu le courage de sacrifier trois ans de sa vie...

Wallraff ne s'est pas arrété là; il a entre autres également travaillé au "Bild Zeitung" - le tabloïd le plus connu d'Allemagne, et sans aucun doute le plus vendu - sous une fausse identité pour dénoncer les abus de pouvoir et les machineries qui se trament au sein de la rédaction, et en a là aussi fait un livre scandale.
Les actions de Wallraff l'ont mené à être l'une des personnalités les plus menacées d'Allemagne, si bien qu'il est surveillé en permanence et qu'il doit changer de domicile tous les deux ans.

En tout cas, un livre à lire absolument.

23 octobre 2006

Un mini-aperçu de la vie politique allemande

Petit résumé de l'état d'esprit des derniers mois...

Le pays est occupé, voyez-vous, à détruire son petit miracle politique, à savoir la fameuse "grande coalition". Celle-ci regroupe Angela Merkel, CDU (= droite catho), Kurt Beck, SPD (= social démocrate) et Edmund Stoiber, CSU (=droite très conservatrice).
C'est l'an dernier que Merkel a pris la place de Gerhard Schröder; un an, c'est la période idéale pour tirer les premiers bilans.
Pourquoi parler de miracle politique? Parce que les premiers mois de la Koalition ont passé dans une certaine euphorie. Oui, les allemands sont capables de faire des compromis pour le bien de leur pays; ensemble, ils s'attaquent aux gros dossiers, s'imposent sur la scène internationale et préparent la WM ( = WeltMeisterschaft: la coupe du monde). Cerise sur le Apfelstrudel, les allemands vont jusqu'en demi-finale, et connaissent le doux climat euphorique que chacun a pu ressentir en France en 1998. Les sociologues s'enflamment, le monde observe l'Allemagne avec sympathie, et les premiers bilans tombent: l'Allemagne peut enfin être fière d'elle-même sans basculer vers un patriotisme ambigu, les allemands oublient le mur psychologique qui existe encore dans certaines têtes, et fêtent ensemble la victoire.
Eliminée, l'Allemagne? Pas de problèmes, les allemands sont fair-play, et continuent à faire la fête. Un film est tiré de cette "grande aventure", il fait naturellement un tabac ici et montre bien l'esprit qui régnait cet été: "Deutschland, ein Sommermärchen" (= Allemagne, un compte d'été; équivalent de notre "les yeux dans les bleus").L'Allemagne semble oublier ses problèmes; Merkel jubile, serre Klinsi (Jürgen Klinsmann, entraineur de l'équipe allemande) dans ses bras.Rien de tel qu'une coupe du monde pour vous redresser dans les sondages! Mais le temps passe vite! Et "Angie" décide de s'attaquer au plus difficile: la réforme du système de santé. Après des jours d'âpres négociations, les trois piliers de la coalition affichent leur satisfaction: ils ont réussi à trouver un compromis correct. Mais très vite la belle image s'effrite: Kurt Beck commence à railler Merkel dans la presse, laquelle n'apprécie pas et rétorque par médias interposés qu'il ferait mieux de soutenir la coalition, plutôt que de travailler à sa destruction. Les petites phrases vont bon train et font le bonheur de la presse.

Et puis Gerhard fait parler de lui; hé oui, ce brave Schröder, qui s'est trouvé une place au chaud dans le "buisness", décide de publier ses Mémoires. Belle stratégie de communication: cela lui permet de mettre son nez dans le premier vrai bilan de Merkel, et de s'en donner à coeur joie. Evidemment ce brave Gerhard n'est pas satisfait du tout. L'Allemagne est-elle satisfaite de Hartz IV, sa réforme du travail ultra-libérale? Je n'en suis pas très sûre. Schröder profite maintenant de son statut de "sage" retiré de toute vie politique, et tire à vue sur l'ancienne étudiante Leipzigoise qui lui a pris son trône.
Celle-ci encaisse une enième fois, mais doit faire face à la parution d'une étude publiée récemment, révèlant l'existence d'une réelle pauvreté en Allemagne, la "Unterschicht' (= couche d'en dessous).
L'euphorie retombe en Allemagne... et Merkel a la gueule de bois.

La vie [politique] n'est pas un long fleuve tranquille...

18 octobre 2006

Premiers pas à la fac

Retour sur ces premiers jours de cours qui marquent mon entrée officielle dans la vie étudiante Leipzigoise...
Lundi, j'avais un premier cours plutôt sympa, du thème (français-allemand) ouvert aux français erasmus. RAS.

C'est mardi que les choses se sont corsées!
J'avais repéré un séminaire qui correspondait exactement au sujet de mon mémoire: "Mediensystem der DDR" (le système médiatique de la RDA); or ce séminaire a lieu le mardi à ... 7h30! Et comme je ne suis pas la seule à m'y intéresser, et qu'en plus je ne me suis pas inscrite comme les autres, j'ai dû arriver quasiment 30 minutes en avance pour être sûre d'avoir une place. Et encore! Rien n'était sûr. Si le prof s'était levé du pied gauche, j'aurais pu être virée séance tenante, sachant qu'il avait indiqué que le séminaire était réservé à 25 étudiants seulement. J'arrive donc hier à 7h à la fac, 10 personnes sont déjà assises; 20 minutes plus tard, nous sommes 40, et à 7h30 nous sommes 45. Ca se bouscule, ça s'assoit partout où ça peut. Chaotique.
Le prof arrive et ne semble pas étonné de voir 45 clampins entassés dans une salle de 25 à 7h30 du matin. Moi, je l'avoue, j'hallucine complètement. Peu à peu, il fait l'appel et se rend compte que beaucoup de gens ne sont pas présents; il coupe la poire en deux, et décide d'accepter 35 étudiants. Les premiers sur la liste d'attente ont de la chance... les autres n'ont qu'à rentrer chez eux. Au moment où ceux-là, dépités, sortent de la salle, je me lance dans mon petit speech: "monsieur... erasmus... savait pas... innocente... perdue... yeux de chiens battus..." Et ça marche! Il prend donc 35 étudiants... +1: moi! Triple ouf, ça a marché; je respire. Certaines filles qui partent me regardent de travers, je leur sors mon plus beau sourire-de-petite-étudiante-erasmus-innocente.
Le prof commence donc par se présenter, et enchaine sur ses attentes concernant ce cours. Par curiosité il demande qui a grandi à l'ouest, qui a grandi à l'est. Résultat: 3 Wessis (= de l'ouest) contre... 32 Ossis (= de l'est). Un peu plus de mélange aurait été sympa, mais sachant que Leipzig est "la" grande ville de l'est, ce n'est pas très étonnant. Le temps passe vite, et c'est déjà la fin. Les cours de 2h en Allemagne durent en fait 90 minutes... Je sors avec une bonne impression. Ce cours va me donner un sérieux coup de main pour mon mémoire.
L'après-midi, deux heures de version avec une prof française et des étudiants français et allemands. La prof est très rigolote, blague beaucoup en français, les allemands sont un peu perdus mais l'ambiance est très détendue. Travail en petits groupes sur "le parfum" de Süskind.

Mercredi matin, cours très intéressant mais qui représente un petit défi personnel pour moi: "rédaction scientifique". C'est un cours (imposé par ma fac parisienne) qui est sensé nous aider à la rédaction de nos travaux écrits; il faut savoir qu'ici, à partir de la licence, les étudiants doivent rendre pour chaque séminaire un "hausarbeit", (travail à la maison) qui varie entre 20 et 30 pages. Ce cours était donc très prisé. Rebelote: j'arrive avec ma coloc Nale 30 minutes en avance, la salle est déjà presque pleine. Une fois arrivée, la prof est obligée d'en virer au moins 15. Et moi, je suis obligée de refaire mon speech, sans les yeux de chiens battus cette fois, car la prof accepte systématiquement les étudiants erasmus. Elle nous présente le cours: c'est exactement ce qu'il me faut, car ça va m'aider à construire mon mémoire.
Premier exercice proposé: chacun écrit son prénom sur une feuille, et doit trouver pour chaque lettre un adjectif décrivant sa personnalité. En français j'aurais trouvé ça mignonnet, voire un peu niais; en allemand, c'est une autre histoire!
Deuxième exercice: faire une phrase dans un registre de langue quotidien, puis adapter cette phrase au registre littéraire, et enfin au registre scientifique. En tirer une liste de remarques sur les changements opérés. Pfiou!! Ce genre d'exercice qui parait enfantin me donne du fil à retordre, mais je ne m'en sors pas trop mal. Et je me prend très vite au jeu: après tout, il s'agit d'écrire!
Dernier exercice: remplir un tableau concernant nos précédents travaux de rédaction/recherche. Une colonne pour les problèmes scientifiques liés au sujet, une pour les peurs peronnelles liées au travail, et une colonne pour les points positifs. Pour la semaine prochaine, chacun doit produire un texte résumant ces 3 colonnes, et doit le présenter devant les autres.
En bref, ce cours est ultra efficace, on va très vite et en même temps la prof prend le temps de faire participer le plus grand nombre. Je suis sortie assez bluffée; ça contraste tellement avec nos cours français mollassons, qui au final sont tous des pâles copies de cours magistraux! Je suis sortie de ce cours avec une migraine tenace, hé oui, les cours demandent une concentration accrue pour qui n'est pas habitué à entendre un prof parler aussi vite, mais j'étais vraiment contente parce que c'est grâce à ce cours que je vais progresser très rapidement en allemand.

Aujourd'hui jeudi, me voilà partie pour un séminaire assez alléchant: Kinder- und Jugendliteratur in der DDR (littérature pour enfants et pour jeunes en rda). Commençant à sentir un peu la fatigue, je décide d'arriver à l'heure pile, et pas en avance. Erreur: nous étions 75 dans une salle de 30 personnes. Obligée de m'asseoir sur le radiateur, pendant que d'autres se sont installés... dans le couloir! Et ce pendant 1h30, pendant lesquelles on me parle d'un livre que je n'ai pas lu. Peu à peu je commence à comprendre de quoi parle ce livre, mais la prof me dit sèchement à la fin du cours qu'il ne me sera pas possible de passer un exam dans son cours, erasmus ou pas. J'ai juste "le droit" d'assister au cours, ce qui me donne 2 points ECTS au lieu de 5. Avec le recul, je me rend compte que c'est mieux comme ça: je préfère m'investir à fond dans des cours qui me concernent plus directement.
Ensuite avait lieu une Vorlesung (= un cours magistral) qui m'intéressait: Geschlechterverhältnisse in der deutschsprachigen Literatur (= les relations hommes/femmes dans la littérature de langue allemande). Les conditions sont cette fois adaptées au cours: les étudiants sont nombreux, mais le cours a lieu dans un amphi. Ouf. La prof se lance, et là c'est assez impressionant; elle parle un allemand parfait: clair, avec un vocabulaire d'une grande richesse, elle a toujours beaucoup d'humour et un charisme étonnant. Contrairement à nos profs d'amphi, elle est extrèmement disponible, souriante, et reste volontiers répondre à nos questions.
Pour l'instant, on se concentre sur les relations hommes/femmes chez Goethe; mes "collègues" de l'an dernier se demandent sûrement comment je peux encore assister à un tel cours: celui-ci est tellement mieux que les nôtres que ça ne me gène absolument pas d'étudier Goethe, surtout vu d'un angle nouveau, et avec une telle prof!

Si je devais citer une chose qui m'a frappée cette semaine, c'est la participation des étudiants. C'est à donner des complexes, vraiment! En séminaire, la prise de parole est systématique, et rend le cours mille fois plus intéressant; l'échange est réel, entre étudiants mais aussi vis-à-vis du prof.
Par contre, ce qui pose vraiment problème, c'est qu'il y a peu de cours pour beaucoup d'étudiants, d'où les séminaires bondés. Imaginez des étudiants qui se battent pour assister aux cours! On ne verrait jamais ça en France - il faut dire que la fac a plus de valeur en Allemagne que chez nous, où on a tendance à la diaboliser.

Je termine cette semaine fatiguée mais plutôt satisfaite; mais il y a un bémol, et ce bémol porte le doux nom d'ECTS (european credits transfert system), système de points que je "gagne" en cours; je dois en rapporter 30 par semestre, mais Paris 4 ne me facilite pas la tâche en m'imposant des contraintes très éloignées de la vie universitaire allemande. Heureusement les chose se mettent en place, peu à peu. Il faut être patient...
En attendant, vendredi soir a lieu la première grosse fête du semestre. Je compte bien sur cette petite sauterie pour m'aider à me détendre!

12 octobre 2006

Coup de coeur musical: die Kleingeldprinzessin

[ Petit clin d'oeil à Jenifer... "the" découvreuse de kleingeldprinzessin!]

Die Kleingeldprinzessin (la princesse de la p'tite monnaie, nom tiré de son expérience de chanteuse dans le métro), c'est Dota, chanteuse et guitariste, et trois jeunes musiciens berlinois. Leur musique est un savant mélange de chanson à textes, de folk, de bossa et de rythmes empruntés au rock et au reggae. Les textes sont drôles, parfois tristes, engagés, pertinents et toujours bien pensés. Le groupe n'en est qu'à ses débuts... Mais c'est vraiment un bon début!

Hier Dota était en concert à Leipzig, en duo avec son guitariste Jan Rohrbach [deuxième en partant de la gauche]; ça se passait au "Ilses Erika", un petit club en sous-sol, et à cause du cinéma alternatif qui se trouve juste au-dessus, Dota ne pouvait pas jouer avec tout le groupe sous peine de déranger la séance. Mais à vrai dire, cela n'a posé aucun problème: Dota et Jan ont assuré d'un bout à l'autre du concert, avec humour et vraiment beaucoup de talent... On a eu droit aux morceaux du nouvel album, ainsi qu'à quelques "classiques". On se rend compte rapidement que le groupe tourne énormément, et compte beaucoup sur la scène pour se faire connaître. Et ça marche: hier soir, la salle était bondée, les gens connaissaient déjà les paroles, bref: les vrais fans étaient là.

Un petit club, deux musiciens, et une becks: la recette tout simple pour passer une bonne soirée. Pour ceux qui sont en Allemagne ou qui y passeront, guettez les, ils tournent beaucoup en ce moment, et inutile de préciser que leurs concerts ne coutent vraiment pas grand chose...